Muse populaire, 1875· Muse populaire
Les taureaux
Voyez paître aux bords des maraisCes taureaux dont les rudes traits,Le fanon superbe,Attirent plus d’un voyageur,Qui les regarde, tout songeur,Des prés tondre l’herbe.
On voit s’agiter les roseauxPartout où leurs larges naseauxSoufflent leur haleine :Leurs yeux ont des reflets sanglants,Leur poil flotte sur leurs fronts blancsEn touffes de laine.
Dans ces taureaux à l’œil de feu,L’Égypte aurait choisi son Dieu.Pour ses sacrifices,Rome eût pris le plus argenté,Le plus fier, qui passe en beautéLes blanches génisses.
Leurs cornes menacent le cielEt perceraient d’un coup mortel,En rase campagne,Le plus vaillant toréadorQui moissonne la gloire et l’orAux cirques d’Espagne.
Qu’il vienne à passer par hasardUne génisse au doux regard,Vers leur marécage,Ils feront, sauvages amants,Retentir de mugissementsRivière et pacage.
Restez libres dans le désert,Broutez le pâturage vert,Fuyez nos entraves !Loin des tyrans et des bourreaux,Paissez en liberté, taureaux :Les bœufs sont esclaves.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources