Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
Les trois ou quatre
J’en ai connu trois ou quatreQui n’étaient pas piqués des vers,Jeunes et verts !A table, au lit, à se battre,Ils brillaient comme des éclairs.
L’arbre généalogiqueDu premier, très-haut seigneur,Sortait d’une souche antiqueA très-grande profondeur ;Sur ces parchemins de raceL’œil distinguait mal un nomDont le temps rongeait la trace,Pharamond ou Pharaon.
J’en ai connu trois ou quatreQui n’étaient pas piqués des vers,Jeunes et vers !A table, au lit, à se battre,Ils brillaient comme des éclairs.
D’une assez bonne rotureLe second était issu,Frôlant la magistrature,Par la finance reçu.L’École polytechniqueL’avait élevé d’un cran ;Par la science pratiqueIl avait conquis son rang.
J’en ai connu trois ou quatreQui n’étaient pas piqués des vers,Jeunes et verts !A table, au lit, à se battre,Ils brillaient comme des éclairs.
L’autre, un enfant de la glèbe,D’un sang rouge, d’un bon cœur,Aimant, sans phrase, la plèbe,Travaillait à son bonheur ;Menait rondement la ferme,Champ, bétail, filles, garçons,Buvait sec, payait au terme,Et chantait bien les chansons.
J’en ai connu trois ou quatreQui n’étaient pas piqués des vers,Jeunes et verts !A table, au lit, à se battre,Ils brillaient comme des éclairs.
Arrivons au quatrième :Fils d’un artisan obscur,Il est ouvrier lui-même :Bras musclés, bel œil d’azur ; .Sa crinière léonineEt les calus de ses mainsAttestent son origineA défaut de parchemins.
J’en ai connu trois ou quatreQui n’étaient pas piqués des vers,Jeunes et verts !A table, au lit, à se battre,Ils brillaient comme des éclairs.
Une auberge les rassemble ;Tous quatre ils vont s’attabler,Et déjà l’hôtesse trembleDe les voir se quereller.N’ayez donc pas peur, l’hôtesse,Et n’ôtez pas les couteaux ;Ils vont noyer la tristesseEt bâtir de gais châteaux.
J’en ai connu trois ou quatreQui n’étaient pas piqués des vers,Jeunes et verts !A table, au lit, à se battre,Ils brillaient comme ces éclairs.
Chacun a sa châtelaineDans son cœur, dans son manoir,Le laboureur dans sa plaine,Le savant dans son savoir,L’ouvrier dans ses usines ;Passé, bois à l’avenir !Et nos sœurs et nos cousinesBroderont ce souvenir.
J’en ai connu trois ou quatreQui n’étaient pas piqués des vers,Jeunes et verts !A table, au lit, à se battre,Ils brillaient comme des éclairs.
Pour former deux beaux quadrilles,Marions ces jouvenceauxAvec quatre belles filles.Qu’on apprête les trousseaux !Nous inviterons la FranceA ce grand festin d’amour,Et la chaîne de la danseDu monde fera le tour.
J’en ai connu trois ou quatreQui n’étaient pas piqués des vers,Jeunes et verts !A table, au lit, à se battre,Ils brillaient comme des éclairs.
96 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources