Muse populaire, 1875· Muse populaire
Mon aïeule
Je ne crois pas qu’elle soit morte,Ma belle aïeule aux cheveux blancs ;Chaque soir, elle ouvre ma porte,Et vers mon lit vient à pas lents :Seulement je la vois plus belle ;L’azur vif est moins radieuxQue son visage et sa prunelleRavivés aux splendeurs des cieux.
Mon aïeule au jeune sourire,Des cieux lointains votre séjour,A notre ciel revenez luirePour y consoler mon amour.
Quand le coq matinal vous chasseEt vous renvoie à votre lieu,Nul autre ne tient votre placeA votre table, au coin du feu.Absente je vous vois encore,J’entends encore où vous étiezSous vos doigts le fuseau sonore,Le rouet bruyant sous vos pieds.
Mon aïeule au jeune sourire,Des cieux lointains votre séjour,A notre ciel revenez luirePour y consoler mon amour.
Quand mon âme penche inquiète :Entre deux projets hasardeux,J’attends votre signe de têteAvant d’oser dire : Je veux !Aucune erreur ne vous égare,Victorieuse de la mort,Et vos yeux doivent être un phareQui mène toujours à bon port.
Mon aïeule au jeune sourire,Des cieux lointains votre séjour,A notre ciel revenez luirePour y consoler mon amour.
Quand ma trame sera tissée,Quand mon vil jettera mourantLes vestiges d’une penséeA l’eau du terrestre torrent,Au seuil de la vie éternelle,Mon aïeule, je vous attends ;C’est vous qui pousserez mon aileA franchir les bornes du temps.
Mon aïeule au jeune sourire,Des cieux lointains votre séjour,A notre ciel revenez luire,Pour y consoler mon amour.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources