Muse populaire, 1875· Muse populaire
Mon bien-aimé
1849
Où t’en vas-tu, mon bien-aimé,Pendant que je travaille et pleure,Solitaire dans ma demeureComme un rossignol enfermé ?
Tu fuis la ville, ardente arèneQue se disputent les partis ;Tu cherches la claire fontaineOù boivent les myosotis ;Tu vas pleurer sur ta patrie (Bis.)Et sur tes amis en prison,Devant l’herbe de la prairie.En face du grand horizon,Tu vas pleurer sur ta patrie !
Où t’en vas-tu, mon bien-aimé,Pendant que je travaille et pleure,Solitaire dans ma demeure,Comme un rossignol enfermé ?
Je te suis sur toutes les pentes,Dans les ravins, sur les hauts lieuxOù tu gîtes, où tu serpentes,Cachant ton cœur à tous les yeux.Que ne suis-je brin d’herbe ou rose, (Bis.)Dans les jardins où je te vois,Ou le bel oiseau qui se posePour te faire écouter sa voix !Que ne suis-je brin d’herbe ou rose !
Où t’en vas-tu, mon bien-aimé,Pendant que je travaille et pleure,Solitaire dans ma demeure,Comme un rossignol enfermé ?
Je ne crains pas qu’une autre grâcePrenne en ses lacs ton cœur troublé ;Je sais pourquoi ton pied se lasseA travers la vigne et le blé.Tu vas implorer la nature, (Bis.)Pour qu’elle donne chaque jourA tous ses enfants la pâture,La paix, le sommeil et l’amour :Tu vas implorer la nature.
Où t’en vas-tu, mon bien-aimé,Pendant que je travaille et pleure,Solitaire dans ma demeureComme un rossignol enfermé ?
Entends-tu les accents du cuivreInviter les pâles humainsA se tuer, au lieu de vivreAdonnés au travail des mains ?Oh ! ne t’en va pas à la guerre (Bis.)Pour y gagner des hochets d’or,Ou bien que ce soit la dernièreSi tu devais te battre encor ;Oh ! ne t’en va pas à la guerre !
Où t’en vas-tu, mon bien-aimé,Pendant que je travaille et pleure,Solitaire dans ma demeureComme un rossignol enfermé ?
Viens plutôt, quand la nuit sereine,Semant dans l’air ses blancs pavots,Assoupit dans les cours la haine,Près de moi goûter le repos.Oh ! rien qu’une heure, heure furtive ! (Bis.)Sur nous l’étoile veillera ;A l’aube, l’alouette activeDu sein des blés t’appellera :Oh ! rien qu’une heure, heure furtive !
Où t’en vas-tu, mon bien-aimé,Pendant que je travaille et pleure,Solitaire dans ma demeureComme un rossignol enfermé ?
69 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources