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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La comédie du monde, 1851

XVII. Le secret de Zacharie

Alfred de Essarts· distiques, alexandrins, 413 vers

Quand Firmin reparut‖ au château, la tristesseEn avait éloigné‖ les hôtes ; — la comtessePâle, les yeux en pleurs,‖ les traits bouleversés,Dans son cœur ulcéré‖ gardait de noirs pensers.Sans cesse interrogeant‖ la pendule trop lenteEt toute consumée‖ en une affreuse attente,Elle était par l’esprit‖ bien loin de ce séjour,Et de son défenseur‖ épiait le retour.Le comte, non moins sombre‖ et gardant le silence,Ou bien jetant sa voix‖ pleine de violenceEt brusquant ses valets,‖ se tenait enfermé.De sinistres éclairs‖ son regard animéInterrogeait les traits‖ de la comtesse, et viteSe détournait. — Ainsi‖ le voyageur évite,Après l’avoir sondé,‖ le gouffre menaçant.Sous un pareil regard‖ se glace tout le sang.Quelque chose disait‖ à l’épouse coupable :« Le secret est connu ;‖ la justice implacableApprête un châtiment‖ terrible et mérité.Le mal, même ici-bas,‖ n’a point l’impunité. »Voilà comme à la joie,‖ au bonheur sans nuageVenait de succéder‖ le règne des orages.Le bruit d’une voiture‖ a retenti. FirminParaît ; une cravate‖ enveloppait sa main.Le jeune homme était pâle‖ ainsi qu’un jour d’automne.La comtesse à sa vue‖ et chancelle, et frissonne…Le général, non moins‖ surpris, s’est écrié :« — Qu’as-tu donc, et pourquoi‖ ton bras est-il plié ?Est-ce d’un accident‖ que provient ta blessure ?— Oh ! tranquillisez-vous,‖ c’est une meurtrissure,Dit Firmin.— Tu parais souffrir.— Moi, pas du tout.— Tu sembles avoir peine‖ à te tenir debout.— Vous croyez ?… Ce n’est rien…‖ L’émotion, la joie…Mais vous, cher comte, au deuil‖ êtes-vous donc en proie ?Quand je vous ai quitté,‖ votre unique souciC’était de voir régner‖ tous les plaisirs ici.Vous voilà tout pensif.— Tu te trompes peut-être.— Non, je vous aime trop‖ pour ne pas m’y connaître.Mais insister serait‖ sans doute m’exposerA vous être importun…‖ Je vais me reposerDans ma chambre ; à dîner‖ nous serons tous ensemble. »Il s’éloigne, laissant‖ la comtesse qui tremble ;Bientôt il reviendra‖ la rejoindre au salon ;Elle l’a deviné.‖ — Mais que le temps est longLorsque de son maintien‖ il faut faire l’étude !Enfin le général,‖ suivant son habitude,Monte à cheval et va‖ se promener au loin.Paul descend aussitôt.‖ Ils étaient sans témoinEt pouvaient échanger‖ leur triste,confidence ;Car le chagrin profond‖ veut son indépendance.Devant l’indifférent‖ qui pourrait les troubler,Les pleurs, signe de deuil,‖ n’aiment pas à couler.« — Eh bien ! dit Amélie.— Eh bien !… ayez, Madame,L’unique souvenir‖ de vos devoirs de femme.Rejetez à jamais‖ du fond de votre cœurL’indigne sentiment‖ qui le tenait vainqueur ;Soyez toute à celui‖ qui, sur votre promesse,Avait de ses vieux ans‖ ranimé l’allégresse,Et qui de son honneur,‖ sur ce serment pieux,Avait mis en vos mains‖ le dépôt précieux.Vivez pour lui, par lui ;‖ que chaque jour s’attacheA réparer la faute,‖ à laver cette tache.— Oui, oui, je le ferai.‖ Mais enfin dites donc— Oh ! vous aimez encor,‖ même après l’abandon,Après la perfidie !‖… et vous voulez connaîtreComment le ciel vengeur‖ fait justice d’un traître.— Il est mort ! !— Oui, Madame.— Il est mort !… Il est mort ! !— Le bon droit, cette fois,‖ fut le droit du plus fort.Faut-il le répéter :‖ que pas un seul vestigeNe reste de ce temps‖ de trouble et de vertige.Ainsi ne laissez plus‖ dans votre souvenirPlace à des sentiments‖ qui purent vous ternir ;Rejetez à jamais‖ la fatale penséeDe cet enivrement‖ où vous fûtes bercée.Qu’en voyant votre front‖ pur et rassérénéDe l’ancienne auréole‖ encore environné,Je me dise : La paix‖ à son âme est rendueEt la grâce de Dieu‖ sur elle est descendue.Redevenez vous-même,‖ et les anges du cielObtiendront le pardon‖ près du juge éternel.Oh ! que le repentir,‖ en vous rendant sublime,Vous fasse, s’il se peut,‖ plus grande après le crime.Le seul regret permis‖ n’est que dans le remord ;Votre époux est vivant‖ si votre amant est mort.Vous n’avez pas le droit‖ de verser une larme :Car il est des douleurs‖ dont la pudeur s’alarme.Je n’ajoute qu’un mot :‖ vous pouvez réparerLe délire fatal‖ qui vint vous enivrer.Mais pour que vous puissiez‖ tenir la tête haute,A force de vertus‖ oubliez votre faute.— Oui, oui, mon bon Firmin…‖ Oui, vous avez raison …Je… ne… veux… Que je souffre ! »En effet, le frissonParcourait tout son corps ;‖ une pâleur mortelleAvait couvert ses traits.‖ Firmin s’approchant d’elleLa reçut chancelante,‖ et sur un canapéDéposa son beau corps‖ par la douleur frappé,Puis sonna vivement.‖ Une femme de chambreAccourut ; on porta‖ la comtesse en sa chambre ;Elle avait le délire,‖ une fièvre de feu.Comment se procurer un médecin ?…« — Mon Dieu !Dit Firmin, des valets‖ la lenteur est extrême.Qu’on me selle un cheval !‖… Je vais courir moi-mêmeA la ville voisine.« Il part comme le vent.Sa pensée inquiète‖ est encore en avantEt lui fait entrevoir,‖ dans un avenir sombre,Un cortége de maux‖ sans mesure et sans nombre.Il s’accuse d’avoir‖ été cruel et dur :« Pourtant j’ai combattu‖ pour un principe pur :J’ai rempli mon devoir ;‖ et, craignant sa folie,Moi-même j’ai brûlé‖ les lettres d’Amélie.Se peut-il que chez elle‖ il subsiste un regret ?S’il était vrai, mon cœur,‖ je crois, la haïrait.Non, c’est l’émotion,‖ ce flambeau qui dévore…Si ce n’est pas pour moi‖ qui la chéris encoreEt qui dois à jamais‖ la quitter tôt ou tard,Mon Dieu ! conservez-la‖ pour ce pauvre vieillard ;Car de la pâle mort,‖ qui lui prendrait sa joie,Lui le pauvre vieillard‖ il deviendrait la proie ; »Et pressant son cheval‖ du fouet, de l’éperon,Il dévorait l’espace‖ ainsi qu’un tourbillon.Pendant ce temps le comte,‖ au chevet de sa femme,Suivait, morne et pensif,‖ les ravages de l’âme.Le vieillard se taisait ;‖ mais un œil attentifParfois l’eût vu froisser,‖ d’un geste convulsif,Un papier qu’il tenait‖ caché sur sa poitrine.D’un feu sombre parfois‖ son regard s’illumine ;Il jette quelques mots‖ sans suite ; l’on croiraitQue ces vagues discours‖ renferment un secret.Parfois même il sourit ;‖ mais le froid de la tombeSur son front qui se plisse‖ et sur sa lèvre tombe…A la triste malade‖ il semble s’attacher,Comme un ange de mort‖ venu pour la chercher.Cependant Amélie‖ était dans le délire.Sur ses traits le vieillard‖ continuait de lire ;Et plus elle jetait‖ de soupirs et de cris,Plus il avait de deuil‖ en ses yeux assombris.Les serviteurs allaient,‖ venaient, couraient sans ordre ;Le château n’offrait plus‖ que l’aspect du. désordre ;On pleurait, on parlait‖ à voix basse, et surtoutOn appelait Firmin…Paul apparut au boutDe la grande avenue,‖ épuisé, sans haleine ;Son cheval qu’il forçait‖ se soutenait à peine…Le docteur du pays‖ venait à quelques pas.Ils entrèrent tous deux,‖ mornes et parlant bas.La comtesse, tantôt‖ abattue et tremblante,Tantôt dans le transport‖ de la fièvre brûlante,Murmurait quelques mots‖ dont le sens était clair.Firmin sentit passer‖ une sorte d’éclairEntre l’esprit du comte et le sien.« — Pauvre femme,La douleur a vaincu‖ la raison dans ton âme,Se dit-il, tu te perds…‖ et tu perds avec toiCelui qui ne peut plus‖ se fier à ta foi.Pauvre enfant ! »Le docteur‖ écrivit l’ordonnance.« Des soins intelligents,‖ du calme, du silenceAbattront cette fièvre‖ et vaincront le danger ;Car, tout grave qu’il est,‖ ce mal est passager :Quelque altération‖ l’aura produit sans doute. »« — Arthur… Dieu nous a vus…‖ Oh ! prends bien garde… écoute…Le monde est sans pitié‖ pour un coupable amour ;Cachons-nous dans la nuit…‖ Je rougis dans le jour…Trahison !… trahison !‖… chassez la courtisane !…Tu peux m’abandonner,‖ car le ciel me condamne. »La comtesse jeta‖ ces mots, puis s’affaissa ;Sur ses yeux par degrés‖ le sommeil se glissa.L’on sortit doucement.« — Le sommeil c’est la vie, »Dit le docteur.Firmin‖ aurait eu grande envieDe fuir le général ;‖ celui-ci le retintPar le bras, le mena‖ dans le parc, et lui tintCe pénible discours,‖ écho de sa souffrance :« — Mon Paul, j’ai mis en toi‖ toute ma confiance.Enfant, tu n’avais pas‖ cette frivolitéDont on fait un beau masque‖ à la perversité.Ton âme généreuse,‖ ouverte, sans nuage,De ton excellent père‖ offrait l’exacte image.Je t’ai toujours aimé :‖ c’est donc à ton honneurQue je vais confier‖ ma honte, mon malheur.Il me faut devant toi‖ rougir dans ma vieillesseEt montrer à la fois‖ ma fureur, ma faiblesse.Je suis déshonoré, Paul.— Vous !— En doutes-tu ?…Un démon est venu‖ corrompre la vertu.L’infâme m’a ravi,‖ sous des dehors modestes,Un bien que je mettais‖ parmi les biens célestes.Amélie a rompu‖ notre lien sacré…Je suis déshonoré !‖ je suis déshonoré !— Mon digne ami, mon père,‖ oh ! gardez-vous d’admettre…— Tiens, si tu ne veux pas‖ me croire, cette lettreProuvera qu’Amélie,‖ en son fiévreux transport,À trahi le secret‖ qui brise notre sort.Oh ! je voulais douter…‖ J’appelais calomnieLe poison distillé‖ par un vil Zacharie ;Un juif, dont autrefois‖ le père m’a volé…Mais le secret fatal‖ s’est pour moi dévoilé.Là fièvre disait vrai…‖ Lis, Firmin, lis toi-même,Et vois comme le juif‖ me jette l’anathème ! »Le jeune homme en tremblant‖ lut ces mots outrageants :« Comte, vous avez en‖ jadis, parmi vos gens« L’homme de qui je tiens‖ et mon nom et ma vie,« Zacharie Alfernès.‖ — Par une basse envie« On l’accusa d’avoir‖ dilapidé vos biens ;« Car toujours sur le juif‖ frapperont les chrétiens.« C’était, quoi qu’on ait dit,‖ un intendant honnête.« Vous vîntes furieux…‖ il demandait l’enquête,« Mais vous jeune, bouillant,‖ vous officier sabreur,« Sans daigner écouter‖ le pauvre serviteur,« Vous le fîtes jeter,‖ par une nuit d’orage,« Hors de votre château.‖ Non contents de l’outrage,« A grands coups de bâton‖ vos gens sur le chemin« Le chassèrent… Mon père‖ en est mort de chagrin !…« Avec son souvenir‖ mon cœur, d’intelligence,« Garda, comme un trésor,‖ l’espoir de la vengeance.« J’ai nourri, caressé,‖ réchauffé cet espoir.« Je vous voyais de loin…‖ Vous ne pouviez me voir…« Car je suis un insecte‖ inaperçu dans l’herbe…« Mais l’insecte parfois‖ mord le lion superbe.« J’attendais le hasard‖ a secondé mes vœux« En me vengeant de vous‖ autant que je le veux.« Un homme s’est glissé, comme une bête fauve,« Pour prendre votre femme,‖ au sein de votre alcôve.« Cet homme est jeune, beau,‖ séduisant, plein d’ardeur,« Intrépide, sautant‖ à pieds joints sur l’honneur.« Cet homme s’est joué‖ de votre humeur crédule ;« Cet homme a fait de vous‖ un époux ridicule…« Pour qu’à son aise il pût‖ se pavaner chez vous,« Il a reçu de moi‖ trois mille francs. — L’époux« Payait les intérêts,‖ et je crois que la femme« A remboursé les frais‖ de cette belle flamme.« Mon père est bien vengé ;‖ je puis mourir content.« Et vous, notre oppresseur,‖ en diriez-vous autant ?« Adieu, comte, je pars.‖ Le monde est la patrie« Des Juifs ; n’essayez pas d’y trouver« ZACHARIE. »A peine Paul Firmin‖ avait-il achevéDe lire cet écrit‖ que, le cœur soulevéDe dégoût, il broya‖ le papier qu’un reptileAvait,comme à plaisir,‖maculé de sa bile ;Il reprit les morceaux‖ pour les briser encor.Alors à son courroux‖ donnant un libre essor :« — Eh bien ! lui dit le comte,‖ il est sans doute infâme ;Mais les aveux sortis‖ des lèvres de ma femmeNe me permettent pas‖ de douter… Cet ArthurA détruit mon bonheur,‖ et l’opprobre est bien sûr …Reste au château… je veux partir, je veux…— Qu’entends-je !Vous partir !— Songe donc‖ qu’il faut que je me venge.— A votre âge ! courir‖ les hasards d’un combat !— Va, si près du tombeau‖ sans crainte l’on se bat.D’ailleurs, j’éprouve là‖ tant de douleur, de rage,Que je ne ressens plus‖ les glaces de mon âge.Du sang ! je veux du sang,‖ pour mon honneur flétri !Tout le sang de l’amant‖ pour, les pleurs du mari !…Peut-être chacun rit‖ comme ce juif immonde :L’éclat de ma fureur‖ étonnera le monde.Malheur à ce baron‖ au crime habitué !Il faut que je le tue… Adieu.— Je l’ai tué.— Se peut-il ! tu m’as pris‖ cette suprême joieCet homme était à moi,‖ cet homme était ma proie.Oh ! je ne puis bénir‖ ton pieux dévoûment. »Et le comte s’enfuit,‖ dans un égarement,Dans un trouble si grand,‖ si profond, si terrible,Qu’il devint pour ses gens‖ une ombre inaccessible,Excepté pour Firmin‖ que rien ne rebutait,Et dont l’attachement‖ chaque jour s’augmentait.Depuis que de la honte‖ il supportait l’étreinte,Le comte avait senti‖ son existence éteinte ;Cet homme ne vivait‖ que dans un sentiment,Et son dernier amour‖ était un doux roman…Lui, fatigué des chocs‖ d’une rude carrière,Il avait retrouvé‖ dans son âme guerrièreCe feu de la jeunesse‖ et cette bonne foiQui font qu’en donnant tout‖ on voudrait tout pour soi.Être si confiant‖ et, se créant un culte,Semer la loyauté‖ pour recueillir l’insulte ;Avoir livré son nom‖ sans tache pour le voirSouillé pour un dandy‖ qui se rit du devoir.C’est un coup trop affreux,‖ un coup mortel !… Le comteEût grandi sous le deuil,‖ il pliait sous la honte,Et dans son déshonneur,‖ pourtant immérité,Sentait s’anéantir‖ et vie et dignité.L’excès de ce chagrin‖ qui lentement nous mineA ce noble vieillard‖ préparait la ruine.Le comte se soutint‖ longtemps par un effort,Jusqu’au dernier moment‖ voulant paraître fort ;Comme on voyait jadis‖ dans les jeux de l’arèneL’athlète terrassé,‖ se traînant avec peine,Par un dernier salut‖ qu’il faisait de la mainEmbellir son trépas‖ pour le peuple romain.Le jour vint cependant,‖ la coupe étant vidée,Où le vieillard sentit‖ qu’on mourait d’une idée.Il prit le lit. La fièvre‖ à son tour le minait,Tandis que la comtesse‖ au monde revenait :Car la jeunesse était‖ le sauveur d’Amélie,Et la raison avait‖ surmonté la folie.Elle voulut revoir —‖ ne fût-ce qu’une fois— Son époux… Il frémit‖ à l’accent de sa voix,Et se dressant terrible :« — Osez-vous bien, Madame,Montrer sur votre front‖ les souillures de l’âme ?Sortez… Vous me tuez‖ deux fois… Sortez d’ici !Pour qui fut sans pitié‖ je serai sans merci. »La comtesse sortit‖ en pleurs et consternée.Paul Firmin était là ;‖ car toute sa journéeSe passait près du comte,‖ et jamais infirmierNe sut aux moribonds‖ se vouer plus entier.Le jeune homme approcha‖ sa chaise, et d’un ton grave :« — Quoi ! du ressentiment‖ êtes-vous donc l’esclave,Dit-il, et gardez-vous‖ au fond de votre cœurA travers la souffrance‖ une implacable ardeur ?Un moment vient où l’homme‖ avec calme mesureSes biens et ses malheurs,‖ sa joie et sa blessure,Et voit comme il faut peu‖ se fier ici-basAu fantôme trompeur‖ qui nous tendait ses bras.Quand s’entr’ouvre le ciel,‖ séjour où rien n’altèreNotre félicité,‖ que petite est la terre !Les intérêts du jour,‖ pleins de fragilité,S’effacent tout à coup‖ devant l’éternité.Je ne vous cache pas,‖ à vous dont le courageTrompa souvent la mort‖ au milieu du carnage,Je ne vous cache pas‖ que vous serez bientôtAux pieds du Souverain‖ qui nous juge là-haut :Il vous demandera‖ si vous avez fait grâce.Et comment pourriez-vous‖ désarmer sa menace,Si vous n’aviez pas eu‖ dans le cœur ce pardonQui reste aux opprimés‖ comme un céleste don ?Vous, juge sur la terre,‖ imitez sa clémence ;Pour le pécheur contrit‖ sa douceur est immense ;Il envoya son Christ,‖ il répandit son sangA sa loi de pardon‖ soyez obéissant,Afin qu’il vous accorde,‖ en sa grâce éternelle,Le prix de vos bienfaits‖ pour l’âme criminelle.On est grand par l’oubli‖ plus que par le courroux,Et le ressentiment‖ doit s’éteindre avec vous. »Le comte réfléchit ;‖ — puis rouvrant sa paupièreQui semblait s’affaisser‖ sous le poids de la pierre,Il murmura ces mots :« — Tu dictes mon devoir.Qu’elle vienne, Firmin ;‖ je consens à la voir. »Firmin l’alla chercher‖ dans la pièce voisineElle entra… Sa pâleur,‖ son trouble se devine…Courbée aux pieds du lit,‖ sans parler, en pleurant,Elle attendait l’arrêt‖ des lèvres du mourant.Et celui-ci sentait‖ sa force raniméeDevant son Amélie…‖ Il l’avait tant aimée !Voici ce qu’il lui dit :« — Ne crains rien près de moiQui veux te pardonner ;‖ car j’ai compris la loiDe douceur, par Dieu même‖ écrite en l’Évangile.Et nous ne devons point,‖ pour un bonheur fragile,Pour des biens passagers‖ conserver dans nos cœurs,Créatures d’un jour,‖ d’éternelles rigueurs.Tu faisais mon orgueil,‖ mais j’avais trop de joie ;Et comme un lac trompeur‖ notre bonheur nous noie,Quand nous nous livrons trop‖ au charme décevantDe notre illusion‖ qui fuit comme le vent.Je te pardonne, ô toi‖ qui gémis sur ta faute ;Et tu pourras encor‖ tenir la tête haute :Car nul ne devra plus‖ te demander raisonDe ton égarement‖ et de ta trahison.Ma bénédiction‖ épurera ton âme.Va donc, toi que j’aimais,‖ Amélie, ô ma femme,Dernier rêve, dernier‖ enchantement pour moi !J’eus tort : aurais-je dû‖ te sacrifier toi,T’attacher, toi brillante‖ et belle de jeunesse,A l’amour d’un époux‖ glacé par la vieillesse ?L’harmonie est la loi‖ du bonheur ici-bas.La prudence parlait, je ne l’écoutai pas ;A mes désirs livré,‖ j’en savourai les charmes.Où manque l’harmonie,‖ un jour coulent les larmes.Je m’accuse, je suis‖ coupable du malheurQui termine ma vie‖ et ternit mon honneur.Adieu !… Donne parfois‖ une bonne penséeA l’époux qui n’est plus,‖ à l’image effacée.Garde mon souvenir,‖ il te protégera,Et, comme je l’ai fait,‖ Dieu te pardonnera. »Il étendit les mains‖ et bénit la comtesse.Chaque moment venait‖ redoubler sa faiblesse.Un regard d’Amélie‖ alla remercierFirmin ; puis elle dit :« — Pour me purifierIl faut plus qu’un pardon,‖ il faut la pénitence.Votre bonté m’a fait‖ entendre ma sentence ;Et le ciel me prescrit‖ un devoir tout nouveau :Je veux, je veux vivante‖ entrer en mon tombeau ;Je veux, loin des plaisirs,‖ loin des fêtes du monde,Au sein d’une retraite‖ inconnue et profondeConsacrer tous mes jours‖ à soigner les souffrants,Soutenir les vieillards,‖ élever les enfants,Sous la robe de bure‖ accomplir cette tâcheEt, Sœur de Charité,‖ travailler sans relâche,Pour que Firmin sur terre‖ et vous auprès de DieuVous puissiez m’estimer.— Mon Amélie, adieu !Viens, Paul, ô mon ami,‖ viens toi qui fus ma femme,Je vous bénis… Mon Dieu,‖ mon Dieu, reçois mon âme ! »Le lendemain, la cloche‖ aux tristes tintementsPortait au loin l’écho‖ de ses gémissements.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
194((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a tristesse / comtesse féminine, classiqueb bouleversés / pensers masculine, classiquea lente / attente féminine, classiqueb séjour / retour masculine, classiquea silence / violence féminine, classiqueb enfermé / animé masculine, classiquea vite / évite féminine, classiqueb menaçant / sang masculine, non classiquea coupable / implacable féminine, classiqueb mérité / l’impunité masculine, classiquea nuage / orages féminine, non classiqueb Firmin / main masculine, classiquea d’automne / frissonne féminine, classiqueb écrié / plié masculine, classiquea blessure / meurtrissure féminine, classiqueb Firmin / souffrir / tout / debout masculine, classiquea joie / proie féminine, classiqueb souci / ici masculine, classiquea pensif / peut-être / connaître féminine, classiqueb m’exposer / reposer masculine, classiquea ensemble / tremble féminine, classiqueb salon / long masculine, non classiquea l’étude / habitude féminine, classiqueb loin / témoin masculine, classiquea confidence / indépendance féminine, classiqueb troubler / couler masculine, classiquea Amélie / Madame / femme féminine, classiqueb cœur / vainqueur masculine, classiquea promesse / l’allégresse féminine, classiqueb pieux / précieux masculine, classiquea s’attache / tache féminine, classiqueb donc / l’abandon masculine, non classiquea connaître / traître féminine, classiqueb mort / Madame / fort masculine, classiquea vestige / vertige féminine, classiqueb souvenir / ternir masculine, classiquea pensée / bercée féminine, classiqueb rasséréné / environné masculine, classiquea rendue / descendue féminine, classiqueb ciel / éternel masculine, classiquea sublime / crime féminine, classiqueb remord / mort masculine, classiquea larme / s’alarme féminine, classiqueb réparer / enivrer masculine, classiquea haute / faute féminine, classiqueb raison / souffre / frisson masculine, classiquea mortelle / d’elle féminine, classiqueb canapé / frappé masculine, classiquea chambre féminine, classiqueb feu / médecin / Dieu masculine, classiquea extrême / moi-même féminine, classiqueb voisine / vent / avant masculine, classiquea sombre / nombre féminine, classiqueb dur / pur masculine, classiquea folie / d’Amélie féminine, classiqueb regret / haïrait masculine, classiquea dévore / encore féminine, classiqueb tard / vieillard masculine, classiqueb l’éperon / tourbillon masculine, classiquea femme / l’âme féminine, classiqueb attentif / convulsif masculine, classiquea poitrine / s’illumine féminine, classiqueb croirait / secret masculine, classiquea tombe féminine, classiqueb s’attacher / chercher masculine, classiquea délire / lire féminine, classiqueb cris / assombris masculine, classiquea ordre / désordre féminine, classiqueb surtout / Firmin / bout masculine, classiquea haleine / peine féminine, classiqueb pas / bas masculine, classiquea tremblante / brûlante féminine, classiqueb clair / d’éclair masculine, classiquea sien / femme / âme féminine, classiqueb toi / foi masculine, classiquea enfant / l’ordonnance / silence féminine, classiqueb danger / passager masculine, classiquea doute / écoute féminine, classiqueb amour / jour masculine, classiquea courtisane / condamne féminine, classiqueb s’affaissa / glissa masculine, classiquea doucement / vie / docteur / envie féminine, classiqueb retint / tint masculine, classiquea souffrance / confiance féminine, classiqueb frivolité / perversité masculine, classiquea nuage / image féminine, classiqueb honneur / malheur masculine, classiquea vieillesse / faiblesse féminine, classiqueb Paul / Vous / doutes-tu / vertu masculine, classiquea modestes / célestes féminine, classiqueb sacré / déshonoré masculine, classiquea d’admettre / lettre féminine, classiqueb transport / sort masculine, classiquea calomnie / Zacharie féminine, classiqueb volé / dévoilé masculine, classiquea toi-même / l’anathème féminine, classiqueb outrageants / gens masculine, classiquea vie / envie féminine, classiqueb biens / chrétiens masculine, classiquea honnête / l’enquête féminine, classiqueb sabreur / serviteur masculine, classiquea d’orage / l’outrage féminine, classiqueb chemin / chagrin masculine, classiquea d’intelligence / vengeance féminine, classiqueb espoir / voir masculine, classiquea l’herbe / superbe féminine, classiqueb vœux / veux masculine, classiquea fauve / alcôve féminine, classiqueb d’ardeur / l’honneur masculine, classiquea crédule / ridicule féminine, classiqueb vous / L’époux masculine, classiquea femme / flamme féminine, classiqueb content / autant masculine, classiquea patrie / trouver / ZACHARIE féminine, classiqueb achevé / soulevé masculine, classiquea reptile / bile féminine, classiqueb encor / essor masculine, classiquea infâme / femme féminine, classiqueb Arthur / sûr masculine, classiquea veux / Qu’entends-je / partir / venge féminine, classiqueb combat / bat masculine, classiquea rage / âge féminine, classiqueb flétri / mari masculine, classiquea immonde / monde féminine, classiqueb habitué / Adieu / tué masculine, classiqueb dévoûment / égarement masculine, classiquea terrible / inaccessible féminine, classiqueb rebutait / s’augmentait masculine, classiquea l’étreinte / éteinte féminine, classiqueb sentiment / roman masculine, non classiquea carrière / guerrière féminine, classiqueb foi / soi masculine, classiquea culte / l’insulte féminine, classiqueb voir / devoir masculine, classiquea comte / honte féminine, classiqueb immérité / dignité masculine, classiquea mine / ruine féminine, classiqueb effort / fort masculine, classiquea l’arène / peine féminine, classiqueb main / romain masculine, classiquea vidée / idée féminine, classiqueb minait / revenait masculine, classiquea d’Amélie / folie féminine, classiqueb fois / voix masculine, classiquea terrible / Madame / l’âme féminine, classiqueb d’ici / merci masculine, classiquea consternée / journée féminine, classiqueb infirmier / entier masculine, classiquea grave / l’esclave féminine, classiqueb cœur / ardeur masculine, classiquea mesure / blessure féminine, classiqueb ici-bas / bras masculine, classiquea n’altère / terre féminine, classiqueb fragilité / l’éternité masculine, classiquea courage / carnage féminine, classiqueb bientôt / là-haut masculine, classiquea grâce / menace féminine, classiqueb pardon / don masculine, classiquea clémence / immense féminine, classiqueb sang / obéissant masculine, non classiquea éternelle / criminelle féminine, classiqueb courroux / vous masculine, classiquea paupière / pierre féminine, classiqueb mots / devoir / voir masculine, classiquea voisine / devine féminine, classiqueb pleurant / mourant masculine, classiquea ranimée / aimée féminine, classiqueb dit / moi / loi masculine, classiquea l’Évangile / fragile féminine, classiqueb cœurs / rigueurs masculine, classiquea joie / noie féminine, classiqueb décevant / vent masculine, classiquea faute / haute féminine, classiqueb raison / trahison masculine, classiquea âme / femme féminine, classiqueb moi / toi masculine, classiquea jeunesse / vieillesse féminine, classiqueb ici-bas / pas masculine, classiquea charmes / larmes féminine, classiqueb malheur / honneur masculine, classiquea pensée / effacée féminine, classiqueb protégera / pardonnera masculine, classiquea comtesse / faiblesse féminine, classiqueb remercier / dit / purifier masculine, classiquea pénitence / sentence féminine, classiqueb nouveau / tombeau masculine, classiquea monde / profonde féminine, classiqueb souffrants / enfants masculine, classiquea tâche / relâche féminine, classiqueb Dieu / m’estimer / adieu masculine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb tintements / gémissements masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

413 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La comédie du monde, Paris, Comptoir des imprimeurs-unis, 1851· numérisation gallica.bnf.fr· Sources