La comédie du monde, 1851
I. Un bal du grand monde
C’était le trois janvier,‖ — en mil huit cent quarante.Un noble lord, atteint‖ d’un million de rente,Avait, dans son hôtel‖ du faubourg Saint-Germain,— Cet hôtel dont les arts‖ connaissent le chemin,— Convoqué tout Paris.‖ C’est le terme d’usage.Paris, pour s’amuser,‖ ferait un grand voyage,Et sa suprême affaire‖ est, je crois, le plaisir,— Sylphe qui fuit toujours‖ lorsqu’on va le saisir.Et voilà que la foule,‖ — élégante cohue,— S’entasse ; les derniers‖ venus sont dans la rue ;Bien des gens sans entrer‖ devront passer la nuit…Le raout de lord G. fera beaucoup de bruit.Les lustres répandaient‖ des torrents de lumière ;Des corbeilles semaient‖ une odeur printanière,Tandis que, de l’orchestre‖ aux merveilleux accords,L’ardeur eût ranimé‖ doctrinaires et morts.Cicéri, Duponchel,‖ dans ce palais de féesAvaient comme à l’envi‖ réuni leurs trophées.Nul sans s’extasier‖ n’y pouvait faire un pas .Hope même et Rothschild‖ applaudissaient tout bas.Par la voix de l’huissier‖ les grands noms retentissent :Beaucoup de sommités,‖ il est vrai, rapetissent,Et plus d’un pair de France‖ est effacé devantUn poëte, un artiste,‖ un guerrier, un savant.Cette digression‖ n’est plus qu’une redite,D’après maint philosophe ;‖ ainsi donc passons vite.Laissons les députés‖ échanger des saluts ;Car on vient d’annoncer,‖ ce qui nous émeut plus,Berryer, Ingres, Vernet,‖ Delacroix, Lamartine :Lamartine, oublieux‖ de sa muse divine ;Politique apprenti,‖ poëte déserteur,Honteux de son génie,‖ il veut être orateur.Viennet, Lebrun, Musset,‖ m’apparaissent encore ;Près des astres pâlis,‖ l’astre qui vient d’éclore ;Puis Émile Deschamps,‖ le poëte charmant,Qui marche dans la vie‖ ainsi qu’en un roman ;Alexandre Dumas,‖ conteur infatigable,Et qui sème l’esprit‖ comme on jette le sable ;Maquet, son adjudant :‖ amis et non rivaux,Ces Hercules ont fait‖ plus de douze travaux.Assez modestement‖ George Sand se dérobeAux regards… Il est vrai‖ qu’il ou qu’elle est en robe.Plus loin, je vois poser‖ dans un coin à l’écartUn grave observateur :‖ c’est notre Alphonse Karr,Chez qui l’on trouve, par‖ un assemblage unique,Joint au bon sens français‖ l’idéal germanique.Il paraît confiant…‖ Pourtant certain bas-bleuN’est pas très-loin de lui…‖ Quelle muse, corbleu !Malheur à qui n’est pas‖ à genoux devant elle !Vous l’avez en rêvant,‖ mon cher, échappé belle.Listz est là ; ses longs doigts‖ cherchent un piano.Dorus et Géraldy‖ chanteront un duo.Meyerbeer a daigné‖ venir à cette fête :Mais croyez qu’il s’inspire‖ en pensant au Prophète.Théophile Gautier‖ est auprès de Méry :Le succès grossit l’un,‖ et l’autre en a maigri.On ne pourrait compter‖ les talents et les gloires ;Pour les enregistrer‖ il faudrait dix mémoires.J’allais passer Gozlan,‖ au regard espagnol ;Soulié, que la mort seule‖ arrêta dans son vol ;Alexandre Soumet,‖ dont la verve enflamméeContraste avec l’aspect‖ si froid de Mérimée ;Beauvoir, ce talon rouge‖ en un siècle pesant ;Balzac, grand écrivain‖ sous un masque plaisant ;Janin, critique fin,‖ causeur que chacun aime,Toujours neuf en brodant‖ toujours sur un seul thème,Et qui fait, à propos‖ de nos faibles essais,La bonne comédie‖ avec tant de succès ;Sainte-Beuve, aristarque‖ aussi bien que poëte,— Le crayon incisif‖ et la vive palette ;Berlioz l’incompris ;‖ le comte de VignyQui, ciseleur du style,‖ en est le Cellini ;Chasles, cet érudit‖ grâce auquel l’AngleterrePour nous depuis longtemps‖ n’a plus aucun mystère ;Planche le doctoral,‖ son martinet en main ;L’école avec messieurs‖ Cousin et Villemain,Rhéteurs qui portent haut‖ leur air de suffisance…De tout temps les pédants‖ gouvernèrent la France ;Scribe, l’adroit protée‖ en tout genre vainqueur ;Desbordes qui ne sait‖ s’inspirer que du cœur ;De Luynes que les arts‖ ont nommé leur Mécène ;Delavigne, trop tôt‖ enlevé de la scène…Mais le vide funèbre‖ est comblé tôt ou tard,Et nous applaudirons‖ Augier, Lacroix, Ponsard ;Anaïs Ségalas,‖ cette mère qui chantePrès d’un berceau d’enfant‖ quelque strophe touchante ;Ferai qui doit un jour,‖ quittant les rangs obscurs,De ses titres fameux‖ barioler nos murs.Cet acteur, dont le front‖ a reçu plus d’un masque,C’est Girardin, esprit‖ remuant et fantasque,Et qui voudrait, — dût-il‖ semer partout le deuil, —Donner le monde entier‖ pour cadre à son orgueil.Sous ses ardents regards‖ le pouvoir qui s’étaleCause à ce malcontent‖ les douleurs de Tantale.Oh ! s’il pouvait avoir‖ le pays dans sa main !S’il pouvait devant lui‖ pousser le genre humain !C’est alors qu’on verrait‖ briller la commandite…Mais quoi ! nul ne l’entend…‖ la France est donc maudite ?Les démocs le vengeant‖ de ce cruel dédain,Un jour auprès d’Hugo‖ placeront GirardinSur ce banc infernal‖ où Lamennais, dans l’ombre,Sent passer le remords‖ sur son visage sombre,Et repoussé de ceux‖ qui d’abord l’ont béni,N’a pour le consoler‖ que Sand et Mazzini.Dans ce brillant raout,‖ le parti royalistePeut se glorifier‖ d’une assez belle liste :La Rochejacquelein,‖ Larcy, Béchard, Muret,Nettement, de Valmy,‖ Rovigo, Pastoret.Un ministre a paru,‖ portant sur sa poitrineLa croix de commandeur ;‖ vite chacun s’incline ;C’est à qui d’un salut‖ bien humble, bien profond,Flattera l’Excellence ;‖ et quel assaut ils fontTous ces quêteurs d’emplois,‖ solliciteurs avides !Des vieillards étaient là.‖ Sur leurs faces lividesOn lisait un espoir,‖ — un ridicule espoir,— Comme s’ils n’étaient pas‖ dans les ombres du soir.Automates musqués,‖ Adonis en perruque,Ils prêtaient un sourire‖ à leur bouche caduque…On eût dit qu’ils étaient‖ bien sûrs du lendemain,Tant ils semblaient songer‖ à faire leur chemin.Près d’eux étaient aussi‖ des jeunes gens imberbes,Portant un vaste orgueil‖ avec des airs superbesDiplomates d’hier,‖ mendiants de salons,Et qui rêvent déjà‖ la croix et les galons,Quand sur leur lèvre ouverte‖ à l’amertume, au doute,Le lait de la nourrice‖ a laissé quelque goutte !Jeune homme impatient,‖ — ambitieux vieillard,L’un commence trop tôt,‖ l’autre finit trop tard.Mendier, courtiser,‖ c’est un besoin en France ;A tout astre nouveau‖ s’attache une espérance.La gent solliciteuse‖ est toujours prête à voirSe lever dans le ciel‖ l’aurore d’un pouvoir.Le chien qui quête un os‖ et que du pied l’on chasseN’a ni le cœur plus vil,‖ ni l’échine plus basse.C’est qu’il faut tant d’argent‖ pour briller à Paris !Les immenses besoins‖ font les petits esprits.Je vous ai dénombré‖ poëtes et critiques,Je pourrais bien nommer‖ les hommes politiques,Tous les partis formant‖ divers groupes épais,Et, pour une soirée,‖ ayant conclu la paix.A cet air sérieux,‖ à cet œil méthodiste,Reconnaissez Guizot,‖ en tête de la liste ;Thiers, cet esprit subtil,‖ adroit, toujours hardi,Un Figaro de plus‖ donné par le Midi ;Salvandy…, de Colbert‖ il enviait la gloire,Les lettres lui feront‖ une part dans l’histoire ;Barrot, qui se grisant‖ de popularité,Voulut, mais ne sut pas‖ régler la liberté ;Montalembert, si jeune‖ et si grand… l’éloquenceAinsi que d’un volcan‖ jaillit de sa croyance ;Pasquier, Molé, Séguier,‖ adroits caméléons,Sur le tréteau public‖ éternels histrions ;Rambuteau, ce marquis‖ échappé de Versaille ;Persil, cet affamé‖ qui dans le budget taille ;Bugeaud, brave soldat ;‖ Garnot qui n’a qu’un nom…Et puis dix généraux,‖ sans valeur, sans renom,Courtisans qui, trompant‖ le maître aux Tuileries.Lutteront de mensonge‖ et de forfanteries,Et qui, dans son malheur,‖ le laisseront tout seulTraîner sa royauté‖ couverte d’un linceul.Car nous ne sommes plus‖ au temps où, pour sa cause,Un homme sans pâlir‖ à mille morts s’expose ;Les rois dans le danger‖ ne trouvent plus d’appui :Ils avaient cent flatteurs —‖ et pas un Tanneguy.On s’empresse, l’on court…‖ Rachel vient d’apparaître.Déesse du grand art‖ dont Talma fut le prêtre,Elle entre fièrement‖ avec son air romain,Et plus d’un duc et pair‖ vient lui presser la main.Nous aurons donc ce soir‖ les Fureurs d’Hermione ;D’Arlincourt donnera‖ la réplique en personne,Et Rolle applaudira,‖ comme un classique ardentQui pour broyer Hugo‖ toujours eut une dent.Ah ! vous avez, Milord,‖ vraiment bien fait les choses.Vos salons, pour Jailly,‖ sont un bosquet de roses !Quelle est donc cette femme‖ au visage rêveur ?Sur son front jeune et lisse‖ on lirait la candeur,Front noble où pas un pli‖ ne se dessine encore ;Sa joue a le carmin‖ dont la fleur se coloreAu soleil du printemps ;‖ ses cheveux noirs et beauxCôtoyant les sourcils‖ descendent en bandeaux ;Sa bouche gracieuse‖ et vermeille est ornéeDu plus léger duvet ;‖ sur sa peau satinéeDes signes sont jetés‖ par un piquant hasard :Chez elle la nature‖ est étrangère à l’art.Vous chercheriez en vain‖ sur la belle personneDes bijoux… A quoi bon‖ ce que le luxe donne,Quand la nature même,‖ en modelant ses traits,A voulu la combler‖ de célestes attraits ?Et pourtant on lirait‖ au front de cette reine— J’entends reine du bal —‖ quelque secrète peine.Est-ce le mal d’amour ?‖ est-ce le mal d’ennui,Compagnon assidu‖ qui nous traîne après lui,Envahit notre esprit,‖ éteint notre pensée,Et la quitte certain‖ qu’elle est morne et glacée ?Écoutons discourir‖ deux jeunes merveilleux :C’est les entendre tous‖ que d’en entendre deux.« — Tu dis donc, Enguerrand,‖ que cette grande dame…— Du comte de Cercourt est la femme.— Sa femme !Se peut-il ! c’est l’hiver‖ enté sur le printemps.— Tout juste. D’un côté‖ l’on trouverait vingt ans ;De l’autre, sans mentir,‖ au moins la soixantaine.— Bizarre accouplement !— Ça te fait de la peine ?— Non, du tout ; sans les vieux,‖ maris très-indulgents,Que deviendrions-nous,‖ nous autres jeunes gens ?— Madame de Cercourt‖ semble occuper ta tête.Arthur, ne tente pas‖ une telle conquête :La comtesse est dévote.— Une mode aujourd’hui.— L’époux est un sabreur.— Je le suis plus que lui.Va, ne me parle pas‖ de dangers ou d’obstacles.Une volonté ferme‖ accomplit des miracles.— Quoi ! tu songes déjà…— Je ne sais rien encor…Peut-être j’aimerai.‖ Mais j’admire d’abord.— Crois-moi, n’embarque pas‖ ta jeunesse joyeuseSur les flots incertains‖ d’une mer orageuse.Souvent, quand on se jette‖ au devant du récif,On voudrait arrêter‖ la course de l’esquif ;Mais en vain : car il faut‖ que le sort s’accomplisse,Qu’à la témérité‖ l’on paie un sacrifice.Je te parle en ami.— Tu parles en rhéteur.Mais c’est perdre ton temps‖ et tes frais d’orateur ;Je ne la connais pas,‖ après tout, cette femme ;Demain son souvenir‖ aura quitté mon âme.Ne me juge donc pas‖ engagé comme un fouDans un piége infernal‖ à me rompre le cou.Mon regard est charmé, rien de plus.— Ta parole ?— J’en jure sur l’honneur.‖ Il n’est pas une idoleQui devant son autel‖ pût me voir prosterné.De me sentir épris‖ je serais étonné.Jouons avec l’amour,‖ nous autres jeune France ;Prenons-en la douceur‖ et jamais la souffrance.— Ah ! fort bien raisonné,‖ mon très-cher. J’étais sûrQue je retrouverais‖ la sagesse d’Arthur. »Tandis que se poursuit‖ cet entretien intime,Le bal éblouissant‖ de plus en plus s’anime.Les valses, les polkas,‖ où cent bras vont s’unir,Font en se succédant‖ la chaîne du plaisir.On chante, on lit des vers‖ classiques, romantiques,Tous critiqués — au bruit‖ de bravos frénétiques. —— On regarde beaucoup‖ les toilettes du jour ;Chaque dame est passée‖ en revue à son tour.Ailleurs, le lansquenet,‖ ce reflet du Cent-treize,Fait ruisseler de l’or ;‖ on se ruine à l’aise.Des vieillards acharnés,‖ sur les caries blêmis,Convoitent du regard‖ l’argent de leurs amis ;Ce sont pour la plupart‖ des seigneurs de la Bourse :On croirait qu’ils n’ont plus‖ pour dernière ressourceQue le triste hasard‖ d’un coup aventureux,Tant la fureur du gain‖ a mis de fièvre en eux.Laissons-les, et suivons‖ dans une galerieDeux causeurs. Le premier‖ sur sa face flétriePorte avec la laideur‖ un magnifique aplomb ;Le temps l’a fait ployer‖ sous son manteau de plomb,Mais n’a pu dépouiller‖ le noble personnageDu sourire éternel‖ qui ride son visage ;Un sourire bénin,‖ froid, railleur, fatigant.Surville fit jadis‖ le voyage de Gand ;Il eut sa bonne part‖ dans les Traités de Vienne.Les honneurs lui sont chers ;‖ il sait, quoi qu’il advienne,Au rang d’ambassadeur‖ demeurer attaché ;Et tout pourrait tomber‖ sans qu’il eût trébuché.Duc sous la branche aînée‖ et pair sous la cadette,Il croit à son pays‖ avoir payé sa dette,Parce qu’il a daigné‖ prendre de tous les rois,Au prix d’un peu d’encens,‖ cordons, titres, emplois.Il juge volontiers‖ l’accusé politique ;A servir tout pouvoir‖ employant sa tactique,Il pense toujours bien…‖ car avec les plus fortsIl sait mettre en commun‖ son âme et ses efforts.Dans le fait accompli‖ réside sa morale ;Ce qui n’entraîne pas‖ de bruit ni de scandaleEst volontiers absous‖ par cet homme d’état,Par ce caméléon,‖ type de l’apostat.Aussi de Talleyrand‖ il eut la confiance,Et Pozzo l’honora‖ de sa correspondance ;Chez Monsieur d’Appony‖ vous le trouvez souvent,Vous le trouvez… partout‖ où souffle le bon vent.Bien qu’avec le vieux duc‖ il soit au rang d’intime,L’autre interlocuteur‖ mérite toute estime :Bon, brave, généreux‖ et crédule à l’excès ;Le type du soldat,‖ du vrai troupier français.C’est presque Stanislas,‖ de Michel et Christine,Le grognard d’autrefois‖ que la goutte lutineEt qui, dans ses foyers‖ revenu pour toujours,A défaut de Bellone‖ invoque les Amours.Pour finir le portrait‖ de cet excellent hommeDont parlaient nos lions,‖ nous dirons qu’il se nommeLe comte de Cercourt,‖ et que le généralEst l’époux envié‖ de la reine du bal.Envié… Mais il tremble‖ à lui voir tant de charmes.Jamais on ne possède‖ un trésor sans alarmes.« — Mon ami, dit le duc,‖ toujours en souriant,Vous avez cette nuit‖ un aspect effrayant.Voulez-vous d’Othello‖ recommencer l’histoire ?Il sied d’être jaloux‖ quand on a la peau noire ;Mais vous, un vieux guerrier…— Vieux, voilà le malheur.Je ne suis point jaloux…-Vraiment ?— Non, sur l’honneur.Mais le métier d’époux‖ n’est pas semé de roses,Et sans ouvrir beaucoup‖ les yeux on voit des choses…— Pour moi je ne sais pas‖ ce qui peut vous troubler ;Votre femme est un ange !— A ne vous rien celer,Je trouve comme vous‖ que ma femme est un ange ;Mais on en voit tomber…— Par quel caprice étrange,Dit le duc ennuyé,‖ par quel aveuglementSemblez-vous rechercher‖ un sombre dénoùment ?C’est à vous tourmenter‖ prendre tâche vous-même.— C’est être soucieux‖ de la femme que j’aime.— Manque-t-elle jamais‖ de tendresse envers vous ?— Elle n’a que vingt ans.‖ Je suis un vieil époux.— Tout homme marié‖ doit être philosophe.— Mon cher, je ne suis pas‖ d’une aussi bonne étoffe.— Que prétendez-vous donc ? être adoré ?— Non pas.Mais je crains l’avenir.— Oui, j’entends, les faux pas.Que vous êtes enfant !— Surville, je suis sage.— Alors n’écoutez pas‖ un sinistre présage ;Jouissez du bonheur,‖ jouissez du présent,Et narguez l’avenir ;‖ c’est bien plus amusant.— Quoi ! n’avez-vous pas lu‖ sur le front d’AmélieLes ravages cruels‖ de la mélancolie ?— Il est vrai ; je conviens‖ qu’il est fort dangereuxQu’une femme s’ennuie…‖ Eh bien ! cherchons tous deuxLe moyen de combattre‖ avec quelque avantageLe spleen, cet ennemi‖ des douceurs du ménage.Conduisez votre femme aux Eaux.— PrécisémentElle est antipathique‖ à ce délassement,Et…— N’en parlons donc plus.‖ Avez-vous une logeA l’Opéra ?— Sans doute,‖ et souvent je dérogeJusqu’à mener ma femme‖ au simple boulevard.Elle adore le draine.— Ah ! tant pis !— Quelque partQu’on annonce un plaisir,‖ aussitôt je me hâteDe le lui procurer.— Et c’est ce qui la gâte.Vous en avez trop fait,‖ mon cher, je vous le dis.Le rayon du soleil‖ n’est bien chaud qu’à midi :C’est ainsi qu’un mari,‖ quand lui-même il s’observe,Dispense prudemment‖ les plaisirs, et réservePour les jours à venir‖ quelque distraction.Mais bah ! soyez donc sage‖ avec la passion !Savez-vous ce qu’il faut‖ à votre femme, en somme ?Un tiers dans la maison,‖ un aimable jeune hommeAttentif et galant,‖ enfin un compagnon.— Vous me faites frémir. C’est un amant !— Non, non !— La proposition‖ est d’une étrange sorte.— Vous allez la comprendre,‖ elle n’est pas trop forte.L’ennui, dit-on, naquit‖ de l’uniformité :Or cet hôte est venu‖ dans votre intimité ;Ainsi qu’une harpie‖ il corrompt ce qu’il touche ;Un souffle glacial‖ s’exhale de sa bouche ;Il vous faut le combattre,‖ il faut mettre entre vousUn tiers, un adjudant,‖ qui seconde l’époux ;Complaisant qui se voue‖ au culte d’AmélieTout platoniquement,‖ ainsi qu’en ItalieCe service courtois‖ échoit aux sigisbés.— Peste soit des galants‖ et des petits abbés !Me croyez-vous, mon cher,‖ un mari de peinture ?— Allons, modérez-vous‖ et tentez l’aventure.Votre femme s’ennuie ;‖ eh bien ! occupez-la.— Il est beau le moyen‖ que vous m’indiquez là !— C’est l’unique, sinon‖ je fais la prophétie…— Non, non, tenez-vous-en‖ à la diplomatie.Mais on nous écoutait !— Vous rêvez. Nul hors nousN’était dans ce salon.‖ Que je plains les jaloux !Rentrons. »Les deux amis‖ regagnèrent leur place.Madame de Cercourt,‖ se trouvant déjà lasse,Voulut partir avant‖ le moment du souper ;Et bientôt retentit‖ son élégant coupéRamenant vers l’hôtel‖ la charmante comtesse,Les fleurs au front, — le cœur‖ tout rempli de tristesse.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 183((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a quarante / rente féminine, classiqueb Saint-Germain / chemin masculine, classiquea d’usage / voyage féminine, classiqueb plaisir / saisir masculine, classiquea cohue / rue féminine, classiqueb nuit / bruit masculine, classiquea lumière / printanière féminine, classiqueb accords / morts masculine, classiquea fées / trophées féminine, classiqueb pas / bas masculine, classiquea retentissent / rapetissent féminine, classiqueb devant / savant masculine, classiquea redite / vite féminine, classiqueb saluts / plus masculine, classiquea Lamartine / divine féminine, classiqueb déserteur / orateur masculine, classiquea encore / d’éclore féminine, classiqueb charmant / roman masculine, non classiquea infatigable / sable féminine, classiqueb rivaux / travaux masculine, classiquea dérobe / robe féminine, classiqueb l’écart / Karr masculine, non classiquea unique / germanique féminine, classiqueb bas-bleu / corbleu masculine, classiquea elle / belle féminine, classiqueb piano / duo masculine, classiquea fête / Prophète féminine, classiqueb Méry / maigri masculine, classiquea gloires / mémoires féminine, classiqueb espagnol / vol masculine, classiquea enflammée / Mérimée féminine, classiqueb pesant / plaisant masculine, classiquea aime / thème féminine, classiqueb essais / succès masculine, classiquea poëte / palette féminine, classiqueb Vigny / Cellini masculine, classiquea l’Angleterre / mystère féminine, classiqueb main / Villemain masculine, classiquea suffisance / France féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classiquea Mécène / scène féminine, classiqueb tard / Ponsard masculine, classiquea chante / touchante féminine, classiqueb obscurs / murs masculine, classiquea masque / fantasque féminine, classiqueb deuil / orgueil masculine, classiquea s’étale / Tantale féminine, classiqueb main / humain masculine, classiquea commandite / maudite féminine, classiqueb dédain / Girardin masculine, classiquea l’ombre / sombre féminine, classiqueb béni / Mazzini masculine, classiquea royaliste / liste féminine, classiqueb Muret / Pastoret masculine, classiquea poitrine / s’incline féminine, classiqueb profond / font masculine, classiquea avides / livides féminine, classiqueb espoir / soir masculine, classiquea perruque / caduque féminine, classiqueb lendemain / chemin masculine, classiquea imberbes / superbes féminine, classiqueb salons / galons masculine, classiquea doute / goutte féminine, classiqueb vieillard / tard masculine, classiquea France / espérance féminine, classiqueb voir / pouvoir masculine, classiquea chasse / basse féminine, classiqueb Paris / esprits masculine, classiquea critiques / politiques féminine, classiqueb épais / paix masculine, classiquea méthodiste / liste féminine, classiqueb hardi / Midi masculine, classiquea gloire / l’histoire féminine, classiqueb popularité / liberté masculine, classiquea l’éloquence / croyance féminine, classiqueb caméléons / histrions masculine, classiquea Versaille / taille féminine, classiqueb nom / renom masculine, classiquea Tuileries / forfanteries féminine, classiqueb seul / linceul masculine, classiquea cause / s’expose féminine, classiqueb d’appui / Tanneguy masculine, classiquea d’apparaître / prêtre féminine, classiqueb romain / main masculine, classiquea d’Hermione / personne féminine, classiqueb ardent / dent masculine, classiquea choses / roses féminine, classiqueb rêveur / candeur masculine, classiquea encore / colore féminine, classiqueb beaux / bandeaux masculine, classiquea ornée / satinée féminine, classiqueb hasard / l’art masculine, classiquea personne / donne féminine, classiqueb traits / attraits masculine, classiquea reine / peine féminine, classiqueb d’ennui / lui masculine, classiquea pensée / glacée féminine, classiqueb merveilleux / deux masculine, classiquea dame / femme féminine, classiqueb printemps / ans masculine, classiquea soixantaine / accouplement / peine féminine, classiqueb très-indulgents / gens masculine, classiquea tête / conquête féminine, classiqueb dévote / aujourd’hui / sabreur / lui masculine, classiquea d’obstacles / miracles féminine, classiqueb déjà / encor / d’abord masculine, non classiquea joyeuse / orageuse féminine, classiqueb récif / l’esquif masculine, classiquea s’accomplisse / sacrifice féminine, classiqueb ami / rhéteur / d’orateur masculine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb fou / cou masculine, classiquea plus / parole / idole féminine, classiqueb prosterné / étonné masculine, classiquea France / souffrance féminine, classiqueb sûr / d’Arthur masculine, classiquea intime / s’anime féminine, classiqueb s’unir / plaisir masculine, classiquea romantiques / frénétiques féminine, classiqueb jour / tour masculine, classiquea Cent-treize / l’aise féminine, classiqueb blêmis / amis masculine, classiquea Bourse / ressource féminine, classiqueb aventureux / eux masculine, classiquea galerie / flétrie féminine, classiqueb aplomb / plomb masculine, classiquea personnage / visage féminine, classiqueb fatigant / Gand masculine, classiquea Vienne / advienne féminine, classiqueb attaché / trébuché masculine, classiquea cadette / dette féminine, classiqueb rois / emplois masculine, classiquea politique / tactique féminine, classiqueb forts / efforts masculine, classiquea morale / scandale féminine, classiqueb d’état / l’apostat masculine, classiquea confiance / correspondance féminine, classiqueb souvent / vent masculine, classiquea d’intime / estime féminine, classiqueb l’excès / français masculine, classiquea Christine / lutine féminine, classiqueb toujours / Amours masculine, classiquea homme / nomme féminine, classiqueb général / bal masculine, classiquea charmes / alarmes féminine, classiqueb souriant / effrayant masculine, classiquea l’histoire / noire féminine, classiqueb guerrier / malheur / jaloux / Vraiment / l’honneur masculine, classiquea roses / choses féminine, classiqueb troubler / ange / celer masculine, classiquea ange / tomber / étrange féminine, classiqueb aveuglement / dénoùment masculine, classiquea vous-même / j’aime féminine, classiqueb vous / époux masculine, classiquea philosophe / étoffe féminine, classiqueb adoré / pas / l’avenir masculine, classiquea enfant / sage / présage féminine, classiqueb présent / amusant masculine, classiquea d’Amélie / mélancolie féminine, classiqueb dangereux / deux masculine, classiquea avantage / ménage féminine, classiqueb Eaux / Précisément / délassement masculine, classiquea Et / loge / l’Opéra / déroge féminine, classiqueb boulevard / draine / pis / part masculine, classiquea hâte / procurer / gâte féminine, classiqueb dis / midi masculine, non classiquea s’observe / réserve féminine, classiqueb distraction / passion masculine, classiquea somme / homme féminine, classiqueb compagnon / amant / non masculine, classiquea sorte / forte féminine, classiqueb l’uniformité / intimité masculine, classiquea touche / bouche féminine, classiqueb vous / l’époux masculine, classiquea d’Amélie / Italie féminine, classiqueb sigisbés / abbés masculine, classiquea peinture / l’aventure féminine, classiqueb occupez-la / là masculine, classiquea prophétie / diplomatie féminine, classiqueb écoutait / nous / jaloux masculine, classiquea Rentrons / place / lasse féminine, classiqueb souper / coupé masculine, non classiquea comtesse / tristesse féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
390 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La comédie du monde, Paris, Comptoir des imprimeurs-unis, 1851· numérisation gallica.bnf.fr· Sources