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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Fables de Florian, 1793· Livre premier

FABLE III. Le Roi et les deux Bergers

Jean-Pierre Claris de Florian· strophe unique, alexandrins et octosyllabes, 66 vers

Certain monarque un jour‖ déplorait sa misère,Et se lamentait d’être roi :Quel pénible métier !‖ disait-il : sur la terreEst-il un seul mortel‖ contredit comme moi ?Je voudrais vivre en paix,‖ on me force à la guerre ;Je chéris mes sujets,‖ et je mets des impôts ;J’aime la vérité,‖ l’on me trompe sans cesse ;Mon peuple est accablé de maux,Je suis consumé de tristesse :Par-tout je cherche des avis,Je prends tous les moyens,‖ inutile est ma peine ;Plus j’en fais, moins je réussis.Notre monarque alors‖ apperçoit dans la plaineUn troupeau de moutons‖ maigres, de près tondus,Des brebis sans agneaux,‖ des agneaux sans leurs mères,Dispersés, bêlans, éperdus,Et des béliers sans force‖ errant dans les bruyères.Leur conducteur Guillot‖ allait, venait, courait,Tantôt à ce mouton‖ qui gagne la forêt,Tantôt à cet agneau‖ qui demeure derrière,Puis à sa brebis la plus chère ;Et, tandis qu’il est d’un côté,Un loup prend un mouton‖ qu’il emporte bien vîte ;Le berger court, l’agneau qu’il quittePar une louve est emporté.Guillot tout haletant s’arrête,S’arrache les cheveux,‖ ne sait plus où courir,Et, de son poing frappant sa tête,Il demande au ciel de mourir.Voilà bien ma fidelle image !S’écria le monarque ;‖ et les pauvres bergers,Comme nous autres rois,‖ entourés de dangers,N’ont pas un plus doux esclavage ;Cela console un peu.‖ Comme il disait ces mots,Il découvre en un pré‖ le plus beau des troupeaux,Des moutons gras, nombreux,‖ pouvant marcher à peine,Tant leur riche toison les gêne,Des béliers grands et fiers,‖ tous en ordre paissans,Des brebis fléchissant‖ sous le poids de la laine,Et de qui la mamelle pleineFait accourir de loin‖ les agneaux bondissans.Leur berger, mollement‖ étendu sous un hêtre,Faisait des vers pour son Iris,Les chantait doucement‖ aux échos attendris,Et puis répétait l’air‖ sur son hautbois champêtre.Le roi tout étonné‖ disait : Ce beau troupeauSera bientôt détruit :‖ les loups ne craignent guèreLes pasteurs amoureux‖ qui chantent leur bergère ;On les écarte mal‖ avec un chalumeau.Ah ! comme je rirais…‖ ! Dans l’instant le loup passe,Comme pour lui faire plaisir :Mais à peine il paraît,‖ que, prompt à le saisir,Un chien s’élance et le terrasse.Au bruit qu’ils font en combattant,Deux moutons effrayés‖ s’écartent dans la plaine :Un autre chien part, les ramène,Et pour rétablir l’ordre‖ il suffit d’un instant.Le berger voyait tout,‖ couché dessus l’herbette,Et ne quittait pas sa musette.Alors le roi, presque en courrouxLui dit : Comment fais-tu ?‖ Les bois sont pleins de loups,Tes moutons gras et beaux‖ sont au nombre de mille,Et, sans en être moins tranquille,Dans cet heureux état‖ toi seul tu les maintiens !Sire, dit le berger,‖ la chose est fort facile ;Tout mon secret consiste‖ à choisir de bons chiens.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
1[ababa] 4[abab] 6[aa] 7[abba] 1[aabab]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (41 de 12, 25 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a misère / terre / guerre féminine, classiqueb roi / moi masculine, classiquea impôts / maux masculine, classiqueb cesse / tristesse féminine, classiquea avis / réussis masculine, classiqueb peine / plaine féminine, classiquea tondus / éperdus masculine, classiqueb mères / bruyères féminine, classiquea courait / forêt masculine, classiquea derrière / chère féminine, classiquea côté / emporté masculine, classiqueb vîte / quitte féminine, classiquea s’arrête / tête féminine, classiqueb courir / mourir masculine, classiquea image / esclavage féminine, classiqueb bergers / dangers masculine, classiquea mots / troupeaux masculine, classiquea peine / gêne féminine, classiquea paissans / bondissans masculine, classiqueb laine / pleine féminine, classiquea hêtre / champêtre féminine, classiqueb Iris / attendris masculine, classiquea troupeau / chalumeau masculine, classiqueb guère / bergère féminine, classiquea passe / terrasse féminine, classiqueb plaisir / saisir masculine, classiquea combattant / instant masculine, classiqueb plaine / ramène féminine, classiquea l’herbette / musette féminine, classiquea courroux / loups masculine, classiquea mille / tranquille / facile féminine, classiqueb maintiens / chiens masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

66 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables de Florian, Paris, LA LIBRAIRIE ÉCONOMIQUE, 1800-1801· numérisation Project Gutenberg· Sources