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un seul est le mot juste.

Choix de poèmes, 1950· Poèmes inédits

Ode a psyché

André Fontainas· 65 vers

Non, je n’oublierai rien, Psyché, de la lumièreQu’a fait surgir en moi ton apparition,Lorsqu’il te plut qu’au seuil menu d’une chaumièrePensive m’éblouît de sa clarté premièreL’aurore de ma joie et de ma passion.

Jeunesse ! Oh ! j’étais jeune et, tel qu’en mon enfanceJ’existais sans souci des embûches du sort :Je fus l’oiseau hardi qui, sûr de sa puissance,Ouvre l’aile à l’azur, plane, grandit, s’élancePour se fondre au vertige bu dans cet essor.

L’orgueil d’aimer brûlait si fervent en mon âmeQue je me transmuais dans la félicitéDes bienheureux choisis, chanteurs d’épithalameAux jardins éternels dont le désir s’enflamme,Et répond à l’appel de ce monde enchanté.

Épanchement d’ivresse et de leurre unanime,Paradis du délice, immuable saisonQue le constant zéphyr d’un frais arome anime, :Eaux lucides et fleurs éclatantes, sublimeEt doux emmêlement de songe et de raison,

Ainsi je m’exaltais de ta beauté, Déesse !— Souvenir le plus pur, le plus profond que j’ai ! —Ton sourire nourrit de rêves ma jeunesse ;Je ne puis, ni ne veux oublier la liesseDes sens et du cerveau, dont j’ai vécu, gorgé.

J’ai connu les douceurs d’un charme plus austèreEt plus complet que ceux dont parlent les humains,Prodige d’un élan que nul doute n’altère,Et ces baumes élus ignorés de la terre,Et l’air voluptueux flottant sur les chemins !

Ils disent : c’est l’amour, et son train monotone,Un jeu d’adolescents où s’exerce leur cœur,La rencontre d’un jour, des chants que l’on entonneAu printemps sans y croire, et dont, avant l’automne,Le sage, mieux instruit, s’est détourné, vainqueur.

Mais nous, quand, terrassés sous la plus forte épreuve,Nous semblons succomber étreints dans la douleur,Quel que soit le chagrin dont l’heure nous abreuve,Nous nous sentons repris par une vigueur neuveQui verse en notre sang sa flamme et sa chaleur.

Que de fois j’ai maudit les lourdes ignorances .Où mon esprit se heurte à des frontons trop durs ;Que de trésors perdus, de langueurs, de souffrances,Que d’espoirs incertains, de molles apparences, ?S’effaçant aussitôt qu’aperçus sur les murs !

Bien souvent, fût-ce au cours d’intimes allégresses,Un afflux singulier m’emplissait de remords,Et, malgré la rigueur, mon âme, où tu te dresses,Les plus cruels des deuils prolongent mes détresses ;Tant d’aimés sont partis, et mes deux fils sont morts.

Mais quoi, ne sais-je plus qu’ils vivent, ceux que j’aime,Et qu’ils vivront au moins autant que je vivrai ?Leur culte m’’assagit, c’est un second baptêmeLeur présence m’embrase et suscite en moi-mêmeUn univers nouveau qui supplante le vrai.

Préside à la ferveur dont toujours m’extasie,Presque depuis l’enfance, un souhait de grandeur,Je ne t’oublierai point, Maîtresse-Poésie,Toi l’unique flambeau dont j’ai l’âme saisie ;Ton visage est ma foi, ta grâce est ma splendeur.

La vie intérieure est d’images bercée,Les ténèbres d’hier seront clartés demain.La frêle illusion s’éclaire de pensée,Mais, Psyché ! ta lumière au ciel est éclipséeQuand l’astre y resplendit d’un beau corps féminin.

65 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Choix de poèmes, Paris, 1950· numérisation gallica.bnf.fr· Sources