Crépuscules, 1897· Idylles et élégies 1895-1896
Apparition
À mon miroir la Mème apparaît, à Mémoire,Si livide pour être allée aux sources boireLe népenthès propice au sommeil et le baumeQue ni l’or qui croulait de ses cheveux en heaumeSourires de lumière au poli du métal,Ni tout l’éclat, le doux éclat occidentalDes yeux pâles dont semble expirer la turquoise,Ni leurs éclairs parmi des larmes quand les croiseLe feu tendre et surpris de mes regards vers ElleNe m’’auraient révélé quel fantôme était CelleQui passait en longs plis de deuil à mon miroirSi, le futile anneau que, sans gemmes, un soir,Tressa pour son doigt frêle, au bord d’une fontaine, ,Avec l’herbe enlacée autour d’un fil d’avèneTout l’amour enfantin jadis en ses jeux mièvres,Elle ne l’eût baisé de ses dolentes lèvresVers moi qui frissonnais dans la chambre, et j’eus peurD’y retrouver encore, à toi Seule ! la SœurQui guidais mon Destin vers une source où boireLa tristesse et la vie aux eaux de la Mémoire.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Crépuscules, Paris, Société du Mercure de France, 1897· Sources