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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’Allée des Glaïeuls, 1921

Ode troisième

La Tour

André Fontainas· 48 vers

L’onde du fleuve intarissableDans l’amas des joncs sanglotantsÉvanouit parmi le sableSes rythmes nés avec le Temps

Jusqu’à ce qu’en monte et préludePar la splendeur de purs concertsL’émoi que cette solitudeÉparpille au calme des airs.

L’oiseau fiévreux frappe par l’aileDans son vol offusquant l’azurLa clarté du ciel où s’emmêleUn vertige de gouffre. obscur.

Le maléfice d’un nuageQue l’ombre des nuages suitÉteignant un astre propageL’horreur plus lourde que la nuit.

La Tour pour les Guivres gardéeQue voulait d’élans familiersDresser triomphante l’IdéeSur l’orgueil roux de ses piliers

Croule gradins d’un mur revêcheDans l’exil des rêves seuls beaux,Tandis que le vent qui l’ébrècheL’ouvre au cri rauque des corbeaux.

Par l’automne une folioleScintille au tremble du chemin,Un brouillard traînant étiole,Dans leur grâce sans lendemain,

Les pétales d’odeur éteinteSous les plis moites d’un linceulQue fend par fanfare la teinteEncore vive d’un glaïeul,

Trésor affirmé de victoire,Verbe promulguant à traversL’horrible deuil contradictoireLa sève occulte des hivers.

Quel signe du printemps s’effareDu cœur sensible aux yeux mal closLorsque flamboie au loin le PhareSelon la voile sur les flots ?

L’azur ressuscité redresse,Ailes d’oiseaux voguant autourDes buissons ivres d’allégresseEt de pourpre en fête, la Tour,

La Tour séraphique et première,Où l’Archange à chaque gradinJonche des fleurs de sa lumièreCet intellectuel jardin.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Allée des Glaïeuls, Paris, Librairie de France, 1921· numérisation books.google.com· Sources