L’appel a la déesse, 1942· Paysages de brume et de songe
Angoisse nocturne
C’est encore la mer. La lande, la falaiseAbrupte, et les ajoncs, les ronces dans la nuitOù nous errons, hagards, au vent que rien n’apaise,Qui nous harcèle, nous déchire et nous poursuit.
Aucun recours. Nous nous heurtons dans les ténèbresA des halliers d’horreur, à d’inertes buissonsQu’à peine, nœuds gluants de menaces funèbres,Anime un glissement sinistre de frissons.
Et nous fuyons, à pas furtifs, l’âme angoisséeDe toujours retrouver au même bord la mer,Et, sans refuge, et sans espoir, et sans pensée,Un gouffre morne, obscur, profond comme l’Enfer !
Quand donc luira l’aurore ? Et pourrons-nous renaître,Surmontant l’épouvante et par l’effroi hantés,Au jour serein et pur, au jour qui dans notre êtreÉpanche le bienfait subtil de ses clartés ?
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’appel a la déesse, Paris, F. Sant’Andrea, éditeur, 1942· numérisation opac.kbr.be· Sources