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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’appel a la déesse, 1942· Poèmes

La nymphe delaissee

André Fontainas· 45 vers

à Paul Lorenz.

Tu le guettes, tandis qu’au creux du bois il dort,Insoucieux d’amour et peu crédule aux haines,Farouche ; et, sous la lune, aux heures incertaines,Tu le guettes toujours, qui bondit, fol et fort,Parmi vos chœurs dansants, ô nymphes des fontaines !

Toi qui, jeune, dansais, joyeuse, dans ces chœursAvec tes sœurs, autour des sources, vierge et fière,Tes pas sont hésitants à fouler la bruyère ;Quelle angoisse te point si de grands cris vainqueursMarquent comme la tienne une chair prisonnière !

Pas un soir où l’ardeur d’amour dont tu pâtis,Absorbée au secret de ton remords intime,Ne courbe à l’âpre joie une fraîche victime,Mais, tristes, résignés, tes sens appesantisSe forgent un espoir du regret qui t’opprime :

Il La vue, il se dresse ; il court vers toi. Ses brasTe saisissent. Sa voix caressante murmureLes mots tendres d’où flue en ton cœur la brûlureDe voluptés que longuement tu savouras,Croyant sa foi loyale et sa parole sûre.

Es-tu perdue, es-tu comblée en cet amourToute flamme, enivrée, et la tête étourdieDe ton bonheur lascif, ô rêves qu’incendieLe dur désir ? — Il t’abandonne ! Nul retour ;Rien n’est constant que sa constante perfidie,

Rien n’est constant que ta tendresse et ton malheur,Rien n’est constant sinon l’aimer ! Et ta penséeSuccombe en lui, ne sent que lui, vit enchâsséeA son image, nymphe aux lacs de l’oiseleurCaptive encor, meurtrie, étreinte, et délaissée !

Morne, à toi-même morte, et nouée à lui seul,Mêlée entière à lui, qu’il t’ait prise ou te fuie,Des nuages sans fin s’étirent dans la pluie,Une sourde torpeur t’encercle d’un linceul,Ton être se dissout dans un brouillard de suie.

Nul souffle d’air aux bois. Sur l’étang violet,Dans les arbres, dans les fourrés, pèse un silenceGlacial. Point d’oiseau qui chante et qui s’élance.L’eau ténébreuse dort, nul frisson, nul reflet,Partout, comme en ton cœur, l’affreuse somnolence.

Et, cependant, au loin, secret un ferment bout,Mais tu l’ignores. Ton effroi n’est pas sans terme :Dans le ciel convulsé d’éclairs l’ouragan germe,Grandit, gronde, brandit la foudre, emporte tout…Il passe. — Et pour jamais la forêt se referme.

45 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’appel a la déesse, Paris, F. Sant’Andrea, éditeur, 1942· numérisation opac.kbr.be· Sources