L’appel a la déesse, 1942· Poèmes
Naissance du poète
à la mémoire de Marcel Ormoy.
Depuis que la cruelle automne est survenue .Astreindre notre joie à des normes de ferEt tendre ses brouillards compacts où s’insinue
Une approche sournoise et morne de l’hiver,Toute ardeur s’alanguit au deuil du paysage,Le ciel est sans frissons, et sans clartés la mer.
Je songe à ce départ. Je revois ton visage,Tes grands yeux enfiévrés par leur dernier espoir,Ton sourire hésitant et, pourtant, ton langage :
Si ferme, ô mon Ami, si prompt à s’émouvoirEn projets d’avenir ! — Je pressentais l’auroreDemain, demain ! — Et tu mourus avant le soir.
L’ombre sourde t’enclôt, ton élan s’évaporeSous l’immobile nuit qui se lamente en nous.Nous t’avons appelé. Nous te voulons encore,
N’entends-tu pas ? Réponds. D’un geste ! Nul remousSur l’abîme d’isolement et de ténèbresN’a tressailli. Tu tes entièrement dissous,
Entièrement ! — Tes poèmes, quand tu célèbres« La Flamme et le Secret », puis rêves : « Le BonheurEst dans une Île » auront mêlé, psaumes funèbres
Et glorieux, leur son grave au souffle mineurD’une détresse en ta grande âme inassouvie…Debout ! L’heure a mûri ta gerbe, et, moissonneur,
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’appel a la déesse, Paris, F. Sant’Andrea, éditeur, 1942· numérisation opac.kbr.be· Sources