La Halte sous les hêtres, 1908· Les ombres
XX. Dioscures
A JEAN-MARIE GUISLAIN
Est in secessu longo locus…VIRGILE.
Les DioscuresÉchangent leurs blancs coursiers.Évite, au bord du lac, les piqûres,Folles guêpes, moustiques, ronciers.
Leurs blancs coursiersPassent dans l’azur farouche et calme.Folles guêpes, moustiques, ronciers,L’horizon dort sous bois, fraîche palme.
Farouche et calmeS’élève Pollux, Castor décroît.L’horizon dort sous bois, fraîche palme ;Sache élire à ton songe l’endroit…
Castor décroîtAvec l’ombre de la nuit mouvante.Sache élire à ton songe l’endroitOù, rythmique, la brise t’évente.
La nuit mouvanteSe dissipe, et cède au doux matin.Où, rythmique, la brise t’éventeDonne sa forme au rêve lointain.
Au doux matinUn clair essor du soleil essaime.Donne sa forme au rêve lointain,Fixe dans la cire ton poème.
Soleil, essaime,Millier d’abeilles, saine beauté.Fixe dans la cire ton poèmeSouple, docile, mouvementé.
Saine beautéDe ce songe que tu transfigures :Souple, docile, mouvementé,Par vous, nés du Cygne, Dioscures,
Tu transfiguresL’élan du poète audacieux :Par vous, nés du Cygne, Dioscures,Son chant monte et s’assimile aux cieux.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Halte sous les hêtres, Paris, Les Éditions Nationales, 1934· numérisation gallica.bnf.fr· Sources