La Halte sous les hêtres, 1908· Thalassa Au souvenir de marcel Ormoy, au Poète, à l’Ami
VI. Jardins perdus
A HÉLÈNE DE VAUCLEROY
Pour quels loisirs, confidences, jardins perdus,M’attirent aux échos d’aveux inentendusLes voix qui dans la nuit émeuvent les charmilles ?Je répudie avec l’orgueil l’oubli mauvais,Et ne regrette rien du temps où je vivaisParmi les rires et les jeux des jeunes filles.Si même, déferlé du fond des océans,
Le flux brusque surgi des abîmes béantsArrache en tourbillon écumant la tempêteUn vent qui broie et qui dévaste, dans l’éveilDes jours, mes yeux par vous, visages de soleil,Rallument leur ardeur et regorgent de fête.
La plus durable fièvre éclate en bonheurs fous ;Des aromes puissants m’enivrent aux remousDont frissonnait ma chair et s’enfle encor mon torse.Au gré de leurs rumeurs surgissent du passéL’inconscient amour, l’essor inexaucéQui, se mêlant à moi, m’absorbent dans leur force.
Mensonges ? Non. Toujours, ô Celles que j’élus,Vous fleurissez. Il n’est pas vrai que ne soit plusLa lumière infinie ou la corolle écloseDont, empourprée et ruissellante, la splendeur,Grands dieux qui triomphez, nous consume le cœurEt nous brûle sur vos brasiers d’apothéose.
Jardins sous des ciels clairs, troublés, ou nuageux,Quand, divines, parmi leurs rires et leurs jeuxElles s’enlacent aux rythmes joyeux des danses,J’accours à leur appel et retrouve en leurs voixLa tendre inflexion qu’elles eurent parfois,Loisirs, jardins perdus, pour quelles confidences !
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Halte sous les hêtres, Paris, Les Éditions Nationales, 1934· numérisation gallica.bnf.fr· Sources