La Halte sous les hêtres, 1908· Les ombres
XXIII. La chimère
A H. PH. LIVET
Elle monte comme le souffle du désert,Intrépide et brûlant l’herbe sur son passage.Elle monte, remous d’ombre fauve, et propageSous ses voiles un lourd brouillard où tout se perd.
Spectre de flamme et d’or affiné par la gazeDont l’enveloppe sa hardiesse d’essor,La voici d’un élan au ciel, et le trésorDes astres qu’elle crée en ruisselle et s’embrase.
Et plus ample et toujours plus haut s’étend son vol.Éternelle rumeur des brises dans les branches,Son rythme, son parfum allument d’ailes franchesUne ombre épanouie et longue sur le sol.
Nul orage. Clarté d’aurore en qui se fondeA jamais un paisible embrasement d’azur,Elle monte ; elle tend au miroir le futurTriomphe, son éclat s’assimile le monde.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Halte sous les hêtres, Paris, Les Éditions Nationales, 1934· numérisation gallica.bnf.fr· Sources