La Halte sous les hêtres, 1908· Les ombres
XV. Marche dans les ténèbres
La route à mes pas s’allonge.La solitude et le songeM’envahissent de leur chant.Mon cœur s’emplit de silenceA mesure que j’avanceVers les ombres du couchant.
O jouissance infinieDe n’être dans l’harmonieDu soir tombant indistinctQu’une note qui s’éteint.
Par mon âme s’affilieA cette mélancolieD’un ciel sans lueur ni bruitMon désir sourd qui s’effondreEt n’aspire qu’à se fondreDans les brumes de la nuit.
Qu’en sa douce paix s’achèveLa tristesse de mon rêve,Tombeau jadis qu’ont rempliLes spectres vains de l’oubli.
Mais faut-il que l’heure neuveÉclose où ta grâce émeuveL’aurore ? Est-ce Toi, Psyché ?Vois. Le soleil se dégageEt croît malgré le nuageQui longtemps le tint caché.
26 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Halte sous les hêtres, Paris, Les Éditions Nationales, 1934· numérisation gallica.bnf.fr· Sources