La Halte sous les hêtres, 1908· Thalassa Au souvenir de marcel Ormoy, au Poète, à l’Ami
II. Sommeil
Que tu dormes, l’Amour s’éloigne ; il te dédaigne ;Nulle tristesse, aucun regret.Qu’importe, en ce silence entier, quelle ombre baigneL’élan vers toi d’un dieu dont l’aile t’effleurait ?
Il te dédaigne, dors longuement. L’ombre est douceAux yeux par le sommeil éteints.Repose. L’ombre est dense et nul rayon n’émousseCette paix sans recours où plongent tes destins.
Sous le drap qui la voile une jambe t’allongeRigoureuse jusqu’à l’orteil,Forme inerte, tendue, et close même au songeQue se puisse embraser tout d’astres ton réveil.
Tu goûtes la nuit molle, et ton âme dissouteS’effaçant aux ferveurs du jour,Glisse, fantôme creux aux brouillards de la voûte,Le lourd néant d’un corps qu’absorbe ce séjour,
Vacant séjour ! — Comme au frôlement des lumièresTon être nocturne est muet,Ton esprit s’est disjoint de ses vigueurs premières,Opaque aux mots jaillis d’où l’idée affluait.
Tu t’abandonnes à la ténèbre déserteSans un répit pour la clarté.Une larve assidue a consommé ta perte :Tu ne dors pas. Tu meurs. Et le dieu t’a quitté.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Halte sous les hêtres, Paris, Les Éditions Nationales, 1934· numérisation gallica.bnf.fr· Sources