La nef désemparée, 1908· Les étapes tristes
Impressions d’automne
Avais-tu des amis ? Leur tendresse est passée.Tu ne fus rien pour eux, qui ont fui loin de toi ;La poussière s’amasse et monte jusqu’au toit :Pleure, pleure en vain ! Amis et fiancée,Tous t’ont quitté, tous t’ont laissé sans un adieu.Ils ont franchi le seuil, ils ignorent tes larmes,Et tu t’épuiserais en houles de vacarmesQue pas un seul jamais ne viendrait dans ce lieuT’apporter le secours ému qui fortifieL’âme à s’offrir à la tristesse avec grandeur.Nul rosier du passé n’a plus pour toi d’odeur,Et le temps sans pitié te ronge et te défie.Tu ne connaîtras plus le tintement légerDes jours d’ivresse douce ou la fraîcheur des nuits.Tout pèse sur toi. Tout s’alourdit. Les ennuisT’accablent. Il est heure, et rien ne peut changer.Ta vieillesse morose a le goût de la cendre,L’eau pure se tarit dès que ta lèvre y boit,Regarde : et que ton cœur tressaille s’il ne voitQue la nuit sans répit où tes pas vont descendre.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nef désemparée, Paris, Société du Mercure de France, 1908· numérisation books.google.com· Sources