La nef désemparée, 1908· Les étapes tristes
Stances
O long ennui de voir les lilas sous la biseEffeuiller dans le sable une ruine de fleurs :L’inutile printemps de lumière indéciseSe traîne tristement sans force et sans chaleurs.
Dans le couchant sinistre, à peine éclos, rougeoieUn pénible soleil comme un fanal lointainQui tremble sous la brume, agonise et s’éteint.L’heure humaine a perdu sa parure de joie.
Que sommes-nous, errants dans la vie un instantSous d’épais tourbillons de vent et de poussière ?Quel vierge orgueil faut-il si d’un but où l’on tendDès l’aurore on ne doute et l’on ne désespère ?
Fantômes éperdus d’amour et d’horizonQue harcèlent partout le deuil et les ténèbres,La mort en ricanant verse dans nos vertèbresLe suc inexorable et lent d’un sûr poison.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nef désemparée, Paris, Société du Mercure de France, 1908· numérisation books.google.com· Sources