La nef désemparée, 1908· Les étapes tristes
La paresse
Pour une eau-forte en couleurs de H. Detouche.
Tant d’espoirs doux parmi la lassitude nésPour des yeux demi- clos s’écoulent comme un fleuve ;L’immobile et la multiple volupté neuveSe disperse en miroitements inopinés.
Accoude à du songe ton beau front pur. ÉpriseDe mieux qu’elle, que veut la Vie et tout son bruitRavir à ton extase sereine, où ne luitQu’un clair soleil jailli du regard qu’il irise ?
Si la spirale couve un sommeil morne et lent,Ta pensée a tissé, comme un fil l’araignée,Le manteau d’oubli lourd dont tu sais, résignée,Tristement dorloter l’effroi d’un hiver blanc
Jusqu’au printemps nouveau dont la verdeur redresseMême la tige de tes rêves, ô Paresse !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nef désemparée, Paris, Société du Mercure de France, 1908· numérisation books.google.com· Sources