La nef désemparée, 1908· Escales dans la nuit
Tempête
J’ai côtoyé l’abîme ; j’ai vu,En me penchant, l’ouragan en démenceAu creux des écueils déchirés et tordus,Échevelé rugir sous l’aube qui commenceA palpiter candide entre les noirs nuages.La tempête se rue en rafale aux rivages,Mord sous les flots les pierres arrachéesDe fureur aux trous des falaises qu’elle creuse,Fracasse à coups d’audace les lourds rochers,Bondit, s’écroule, fuit et jaillit, pour lécherToutes les plaies d’une écume amoureuse :Chocs tumultueux, brutaux ! haleines sauvagesDes fonds lointains de l’horizon,La frénésie augmente et se propage.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nef désemparée, Paris, Société du Mercure de France, 1908· numérisation books.google.com· Sources