La nef désemparée, 1908· Escales dans la nuit
Mouette
Une mouette au ciel passe.J’entends son morne criDans mon âme lente et lasse,A son coup d’ailes l’espaceFrissonne, et, rêve vivace,Mon âme a refleuri,Une mouette au ciel passe ;J’entends son morne cri.
Une mouette s’envolePar delà les écueils ;La mer bondit et s’affole :Dans mon âme que désoleLe deuil d’un espoir frivoleOnt frémi mes orgueils.Une mouette s’envolePar delà les écueils.
La mer rugueuse et mauvaiseQui s’acharne aux brisants,Coule, ici, calme, et s’apaise,Et j’attends, sur la falaise,Qu’en mon âme aussi se taise,Sous les cieux complaisantsLa mer rugueuse et mauvaiseQui s’acharne aux brisants.
La mouette s’est poséeEt va selon les flots ;Mon âme désabuséeS’ouvre à cueillir la rosée ;Sur la mer l’heure apaiséeEst propice au repos :La mouette s’est poséeEt va selon les flots.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nef désemparée, Paris, Société du Mercure de France, 1908· numérisation books.google.com· Sources