La nef désemparée, 1908· Sonnets d’Italie
Pise
La plaine d’herbe rase et morne, solitaire,Dort. Pise auprès suspend son souffle, éteint son bruit.Le Dôme millénaire et le premier construitSe tasse entre la Tour et le vieux Baptistère.
Et le rêve, surgi devant la face austèreDes monuments de marbre rose où le jour luit,Frêle et profond, en pleine extase se poursuitDans le cloître où des fleurs parent l’Unique Terre,
La Sainte Terre prise au sol du Golgothaque la piété des Pisans rapportaDe la ville tombée aux mains de l’Infidèle.
Terre où pèse si peu l’ombre de tes cyprès,Aux portiques la Mort peint ses hideux secrets,L’art est grave : sans lui, qui se souviendrait d’elle ?
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nef désemparée, Paris, Société du Mercure de France, 1908· numérisation books.google.com· Sources