La nef désemparée, 1908· Les étapes tristes
Remords
O ma jeunesse ! ô belles eaux fraîches et puresQui frémissiez dans les jardins de mon passé !Vers le rêve promis des voluptés futuresL’amour chaste m’ouvrait un chemin tout tracé.
Et maintenant j’ai le regret des vaines heuresDont la lourde torpeur m’a plongé dans l’oubliEt le remords des extases antérieures.
Qu’ai-je fait de ma vie, ô moi qui fus superbe ?Qu’ai-je fait de ma foi naïve et de l’orgueil ?Morte est la joie, je l’ai tuée avant le seuil,Et tout mon grand espoir agonise dans l’herbe.
Qu’ai-je fait de mes mains, qui ne soit honte et mort ?Qu’ai-je fait de mes yeux qui n’ait trahi la joie ?L’amour succombe. L’ennui fait de moi sa proie :Ridé, flétri, vidé, qui peut plaindre mon sort ?
15 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nef désemparée, Paris, Société du Mercure de France, 1908· numérisation books.google.com· Sources