Le Jardin des Îles claires, 1901· Quatre petits poèmes des saisons
I. Avril
Parmi les roseaux des rives chanteusesLe clair Avril scintille sur le fleuve,Et la barque frêle éparpille les gemmesD’eau lucide en fuite où les poursuit la proue.
Le clair Avril palpite, et sa candeur parsèmeL’heure matinale de lys et d’hélianthèmesPlus diaphanes que la fraîcheur de ses joues.
Et Toi, qui doucement dans ta barque te jouesDes désirs qui t’implorent sur le rivage,Te voici, rieuse, comme Avril qui se dresse au fleuveDisperser, plus léger que des pétales, un plumagePeut-être, cendre à peine dont les eaux s’émeuvent,Des oiseaux tendres qui chantent dans ta voix.
Ta voix ! tous les parfums se pâmentDe frissonner radieux au rire de tes lèvres,Aux palpitations de la joieQui éclate dans tes yeux sans fièvre,Et de s’unir parmi la flammeSoyeuse de ta chevelure puérile,Tous les parfums chatoient dans l’air en gemmes,Et c’est toi qui brilles, tu es toi- mêmeL’adolescent frêle et splendide, le clair Avril !
Les matins juvéniles sont révolus,Près des roseaux des rives chanteuses,Ta joie en mon Avril ne fleurit plus.J’écoute s’éloigner la barque sur le fleuve.
26 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Jardin des Îles claires, Paris, Mercure de France, 1901· numérisation books.google.com· Sources