Le sang des Fleurs, 1889
IX. « C’était un jour d’orgueil et d’amour souverain »
C’était un jour d’orgueil et d’amour souverain :La gloire du soleil ruisselait dans les arbres,Le ciel, dont se fondait l’azur, doux et serein,s’imprégnait de parfums purs comme l’air marin,Et, frôlant la candeur liliale des marbres,La gloire du soleil ruisselait dans les arbres ;C’était un jour d’orgueil et d’amour souverain.
Inaltérable espoir des floraisons charnellesDe l’atmosphère en feu s’exhalait longuement ;Dans la pourpre et dans l’or des splendeurs éternelles,Dans les rayons dardés des milliers de prunellesDe l’astre extasié, dans éblouissementDe l’atmosphère en feu s‘exhalait longuementL’inaltérable espoir des floraisons charnelles.
Dans la plaine où dormaient les massives forêtsLourdes d’ombre farouche et noire et de mystère,Les blés, les osiers verts et les joncs des maraisEt les fleurs des jardins faites d’aromes fraisDe leurs vives couleurs émerveillaient la terreLourde d’ombre farouche et noire et de mystèreDans la plaine où dormaient les massives forêts.
La mer, la vaste mer chantait à la lumière,Dans le déroulement de ses rhythmes virilsLe cantique éternel de l’extase première ;Calme comme la voix fraîche de la prière,Dénouant au soleil sa toison de béryls,Dans le déroulement de ses rhythmes virils,La mer, la vaste mer, chantait à la lumière. :
Dans la chaleur du jour vous êtes née ainsiDe toutes les splendeurs et de tous les prestiges,O vous par qui l’Amour même fut adouci,O Vierge impérieuse exempte de souci !Claire comme les fleurs qui s’ouvrent sur les tigesDe toutes les splendeurs et de tous les prestigesDans la chaleur du jour vous êtes née ainsi !
O vous qui consolez par le divin sourire,Je veux à votre gloire élever des autelsQui vibrent aux accents magiques de la Lyre,Dans des brouillards d’encens, de cinname et de myrrhe,O Vierge en qui revit le sang des dieux mortels,Je veux à votre gloire élever des autels,O vous qui consolez par le divin sourire !
Fierté, grâce, candeur, âme de la Beauté,Vous êtes la Lumière et l’unique harmonie,Et je chante Noël Voire NativitéRamène le printemps, la joie et la santé.Noël ! les floraisons sortent de l’agonie !Vous êtes la Lumière et l’unique. harmonie,Fierté, grâce, candeur, âme de la Beauté !
49 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le sang des Fleurs, BRUXELLES, IMPRIMERIE VEUVE MONNOM, 1889· Sources