Le sang des Fleurs, 1889
X. « Jardin rare et délicieux »
Jardin rare et délicieuxDont les fleurs embaument les cieux,Splendide Aurore,Que le réveil chaque matinDe son rire chaud et mutinCâline et dore,
Bouquet des riches floraisons,Que ne fanent pas les saisonsEndolories,Les Automnes ni les Hivers,Gloire des Printemps toujours vertsEt des féeries,
Âme du soleil caressantQui de la pourpre de son sangEs parfumée,D’où la céleste éclosionDes fleurs sans cesse en fusionSort transformée,
Aurore, est-ce toi qui pétrisLa finesse des tons fleurisPâles et rosesDe la Madone de Beauté,Dont la chair surpasse en clartéLa chair des roses ?
Sur ses lèvres, où les chansonsS’épandent comme des frissons,Où semblent vivreLes mots tendrement étourdis,N’est-ce pas toi qui répandisLa lumière ivre ?
Et son œil doux d’un bleu si clairEst frais comme un souffle de l’air ;Sa chevelureOui s’éparpille, et jase, et rit,Est faite, comme son esprit,De clarté pure !
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le sang des Fleurs, BRUXELLES, IMPRIMERIE VEUVE MONNOM, 1889· Sources