Le sang des Fleurs, 1889
XI. « Vous avez la beauté des antiques statues »
Vous avez la beauté des antiques statuesEt la grâce est en vous jointe à la majesté.Vos formes, de splendeur et d’orgueil revêtues,Expriment l’amour calme et la sérénité.
Vous êtes la déesse impassible et riante,Vous avez la blancheur des marbres fabuleux ;Et le chœur amoureux des ramiers s’orienteSuivant les flammes d’or de vos larges yeux bleus.
Votre front élevé que couronnent les rosesM apparaît lumineux comme un rapide éclair ;Parmi les floraisons d’iris et de lauroses,Le cygne au blanc plumage étincelle dans air.
Votre marche est pareille aux lentes harmoniesQui. semblent embraser en se développantL’espace illimité des plaines infiniesEt dont le flot rhythmique à travers tout s’épand.
Les célestes senteurs de cinname et de myrrheVolent à vos côtés et parfument vos chairs ;La clarté des ciels purs allume votre rireEt des rayons divins flambent dans vos yeux clairs.
Je vous aime, ô Déesse ! et ma voix vous implorePour vous forcer à voir et même à m‘écouter,Je veux, comme la voix d’une lyre sonore,Religieusement la contraindre à chanter ;
Je veux que mon amour vous soit une auréoleQui ne vous brûle point de ses doutes amers ;Je veux que le respect réside en ma parole.Plus profond que les cieux et que les vastes mers !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le sang des Fleurs, BRUXELLES, IMPRIMERIE VEUVE MONNOM, 1889· Sources