Le sang des Fleurs, 1889
XVIII. « La solitude est lourde et sans rien qui la trouble »
La solitude est lourde et sans rien qui la trouble.Sous les nuages noirs aux rauques grondementsS’étend sans fin la plaine, où les marais dormantsÉtalent leur surface empuantie et trouble.
Par la morne étendue un bouquet de roseauxPousse de ci, de là ; parfois une cigogneSur une patte, au bord d’un marais, se renfrogne,Sans bouger, sans songer, et contemple les eaux,
Mon âme est ce pays, et pas une penséeDepuis les jours enfuis ne l’a plus traversée,Plus un ancien. bonheur, plus un chagrin nouveau.
Rien que mon seul amour, que votre chère image,Seule, comme l’oiseau pensif du paysage,Qui veille en ma mémoire et hante mon cerveau.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le sang des Fleurs, BRUXELLES, IMPRIMERIE VEUVE MONNOM, 1889· Sources