Les Vergers illusoires, 1892· I L’Appel des flots qui chantent
A Monsieur Georges Destrée
When King Cophetua loved the beggar-maid.SHAKESPEARE.
Le bras droit sur le bord de la croisée ouverte,Le roi nègre Cophetua, l’air attristé,Regarde sans la voir l’automnale beautéDe la mer qui déroule au loin sa masse verte.
Tel il rêve au hasard de sa pensée inerte ;Aucun amour n’émeut sa curiosité ;Aucun remords aucun souvenir suscitéNe hante le loisir de son âme déserte.
Il n’entend pas le chant mélancolique et douxDe celles qui mendient devant lui, ni la touxDes chétives enfants que dessèche le jeûne ;
Et sans même y songer, inconscient, voiciQu’il sent naître une flamme en son cœur endurciEt se brûle les yeux aux yeux de la plus jeune.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vergers illusoires, Paris, Librairie de l’art indépendant, 1892· numérisation books.google.com· Sources