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un seul est le mot juste.

Les Vergers illusoires, 1892· III Le retour au manoir

« J’entre dans le verger natal loin des allées »

André Fontainas· 32 vers

J’entre dans le verger natal loin des alléesQui conduisent aux bassins des rêves trompeursPar la clairière où l’air s’adoucit des vapeursOdorantes de buissons fleuris d’azalées.

Les perles des jets d’eau dans les brumes du soirSe fondent dans l’ombre de la vasque en silenceComme se meurt parmi le deuil de mon enfanceL’essor frêle d’un rêve et d’un factice espoir.

Mes doigts n’ont pas saisi les toisons d’or en flammeQui cimaient de beaux fronts au songe de mes yeuxEt je n’ai pas connu l’étreinte aux bras soyeuxDes amours fulgurants qui me consumaient l’âme.

Longtemps j’avais marché vers de vains espaliersOù les fruits du désir pareils aux lèvres clairesOffraient en floraisons de grappes ancillairesLes promesses de leurs doux baisers familiers.

Loin de la montagne d’orgueil jadis gravieJ’ai fui le mirage de ces prestiges versLa torpeur bienveillante et l’oubli des désertsPar les plaines aventureuses de la vie

Les fleurs de chair de femme ont tari leurs parfums,Et tous ces vergers d’or, ces jardins de mes fièvresOù nul fruit doux ne s’offre aux ardeurs de mes lèvresSont clos, mornes tombeaux sur mes orgueils défunts.

A présent, urne vide à ma soif éphémèreS’est épuisé l’espoir par quoi je fus tenté,Et mon angoisse implore au seuil longtemps quittéCelle qui fut l’Amante et que je veux la Mère.

Et te voici, l’Épouse grave en ton accueilAvec ton geste lent d’oubli qui me pardonneEt je comprends devant ta vie simple et bonneQue toute gloire n’est qu’un leurre de l’orgueil,

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vergers illusoires, Paris, Librairie de l’art indépendant, 1892· numérisation books.google.com· Sources