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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Vergers illusoires, 1892· III Le retour au manoir

« En vain j’ai parcouru les halliers et les grèves »

André Fontainas· 42 vers

Mourez, ô visions, dont l’erreur se dénude !Henri de Régnier.

En vain j’ai parcouru les halliers et les grèvesJe me suis efforcéVers le Nord implacable et le Pôle glacéAux Thulés mornes où meurent les rêves ;Vers les visions impérissables poursuiviesEn d’hyperboréennes contréesJe me suis détourné des routes de la vie.Les magiciennes rencontrées !Par elles je crus au mirage de mes rêvesEt je me suis efforcéVers mon illusion par les déserts glacésDes Thulés mornes où meurent les rêvesEn des halliers de ronce et par la fange de leurs grèves,J’y voyais sans cesse un pourpris superbeEt j’entrais en un val de tendres fleurs éclosesAvec des aspérules en grappes blanches sous l’herbeEt c’était une nuit de lune parmi les roses."En des senteurs molles et profondesQuel rêve ai-je vécu sur ces terrasses blondesIllunées ?Les ténèbres bientôt s’abattaient et l’effroiEt l’épouvante des landes abandonnéesAux gémissements sinistres du vent froid,Parfois encore c’étaient les GnomesEt les Trolls aux visages odieuxQui tournaient, brumeux fantômesQui tournaient et qui riaient à mes yeux,Et les mêmes désirs — désirs jamais défunts —Suscitaient toujours la même foi.Vers l’effluve pressenti de plus subtils parfumsJ’entrais en d’illusoires pelousesLe long de lacs mentis où bientôt j’étais seulPar la neige qui vraie était lourde comme un linceulSans le spectre des yeux que j’eusse crus défunts !Mais j’ai surpris dans la tourmenteLe mensonge surgi d’un mirage d’amanteEt les syllabes de runes mortsDes Trolls malicieux et des haineux Klingsors,Et de l’adverse magie où mon désir se buteDans les embûches de la neigeJ’échappe par la vie à cette vaine lutte,

J’ai rompu le pouvoir des mauvais sortilèges.

42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vergers illusoires, Paris, Librairie de l’art indépendant, 1892· numérisation books.google.com· Sources