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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Vergers illusoires, 1892· I L’Appel des flots qui chantent

« Le subtil Orient d’où l’avenir essore »

André Fontainas· 42 vers

Le monotone ennui de vivre est en chemin.LÉON DIERX.

Le subtil Orient d’où l’avenir essorePromet de vils déclins aux calices d’aurore,J’ai lu l’angoisse sûre au fond calme du ciel :

Les fleurs de nos jardins et les colombes puresDéjà languissent du venin de leurs souillures,Où le miel de leur haleine se change en fiel.

O mes sœurs en robes blanches votre innocenceSe complaît aux périls puérils de la danse !Durant les pauses de tous vos jeux enfiévrés

Nulle n’a-t-elle vu se lever sous la brumeButant en chocs de flamme et ruisselants d’écumeLes sept chevaux de feu hennissants et cabrés ?

Vous avez tant vécu sans l’émoi de la vie !Dans l’apparente paix de la route suivieVos yeux doux se sont clos aux présages d’horreur ;

Ils viennent les chevaux de souffre en la menaceD’un orage surgi des lointains de l’espaceVers l’étroit horizon cernant votre candeur,

Vos lèvres déjà tressaillent de leur approche,Et l’orage hurlant au rocher qui l’accrocheFulgure en lueur brève au jardin de vos jeux.

Mais vous ne voyez rien, ô folles que vous êtes,Nulle de vous n’entend le fracas sur vos têtesDes chevaux de furie en le ciel orageux !

De leurs frémissants naseaux la pluie irradie ;Et vos vergers s’effondreront sous l’incendieQu’allumera la fureur de leurs lourds galops.

Et toutes, ô mes sœurs, si jeunes et rieuses,Vous mourrez en l’effroi de voix mystérieusesQui monteront à vous de la flamme et des flots.

Et, seul, ayant prévu les signes de détresse,Je m’enfuis de ces jeux dont la douceur m’oppresseVers la nocturne paix d’un ciel pesant et bas.

Je veux fuir vers l’espoir éternel du silence,Où l’orgueil de la nuit à quoi tout se fianceIgnore un vain soleil qui ne l’insulte pas.

Là je vivrai dans l’ombre et dans l’oubli de l’âge,Sans le constant souci des signes d’un présagePrédit en menaçants éclairs par l’Orient,

Pour qui vous êtes, ô mes sœurs ! prédestinéesA ces proches fureurs des foudres devinéesSurgir d’un ciel pavide encore et trop riant.

42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vergers illusoires, Paris, Librairie de l’art indépendant, 1892· numérisation books.google.com· Sources