Les Vergers illusoires, 1892· I L’Appel des flots qui chantent
« L’espalier du Désir étale cet hiver »
L’espalier du Désir étale cet hiverL’inutile saveur de ses grappes de rêves.Sur la terrasse au bord des gouffres et des grèvesOù se lamente en vain l’âpre appel de la mer,
O vigne léthéenne au verger qui m’est cher !Le temps n’est plus propice, et les saisons sont brèvesMais nul givre ne peut glacer l’ardeur des sèves,En vos pampres de joie et vos pulpes de chair !
Repose jusqu’aux soirs des prochaines vendanges.Vers tes lèvres d’orgueil et tes regards étranges,Vers tes baisers de sang, fruits mûrs et savoureux,
Ma lèvre ardente et souple aux folles aventures,Malgré toi-même, Enfant aux refus rigoureux,Ouvrira le jardin des délices futures.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vergers illusoires, Paris, Librairie de l’art indépendant, 1892· numérisation books.google.com· Sources