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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Lumières sensibles, 1926

Chant Royal d’Amour dédicatoire et familier

André Fontainas· 60 vers

Jonchez de fleurs de pourpre et d’écarlateLe doux sablon par où vient palpitantDans le jardin embaumé d’aromateLe pur Esprit que notre Joie attend.Le ciel d Avril parsème d’étincellesL’allée ombreuse et profonde où tu cèlesTa volupté de tendrement songer :L’air est limpide, et le Printemps léger,Glissant suave au buisson qui t’abrite,Se fait mon prompt et subtil messager :Je suis à toi. Je t’aime, Marguerite.

La lune heureuse en son croissant éclateEntre Les plis d’un nuage flottant ;Œil de la nuit, ô vagabonde HécateQui disparais et nais au même instant,De quel prestige fou Eu ensorcellesL’espoir furtif ou sanglotant de CellesDont la langueur attardée au vergerSe plaît parmi l’exil à prolongerUn nonchaloir qui de sot seul hérite.À tel tourment ton rêve est étranger ;Je suis à toi. Je t’aime, Marguerite.

Linons de l’Inde et tissus de Surate,Bagues, colliers que l’art mahométanSait ciseler d’une main délicate,Rythmes, parfums, roses du Gulistan,Et vous, pommeaux damasquinés des selles,Armes, tapis d’arabesques, vaisselles,Faïence, et vous, les fruits de l’orangerOu du dattier, raisins, figues d’Alger,Chaque splendeur qui miroite ou s’effrite,Ab, je voudrais pour toi la vendanger !Je suis à toi. Je l’aime, Marguerite.

Délire vain ? Qu’importe ? Je me flatteQue vienne un jour où je E apporte tantDe luxe ! Or donc, s’il faut que j’en rabatte,De ce désir si vite exorbitant,Sonne du moins, tintement de crécellesOpiniâtre et dur qui te morcellesEn mon cerveau : — rêve errant sans bergerNul pâturage où vous puissiez manger,Pauvres agneaux ! Mon âme en est contrite ;Partons, veux-tu ? Partir et voyager !Je suis à toi. Je t’aime, Marguerite.

Nous n’irons point vers une terre ingrateDans l’inconnu d’un mystère tentant :Revoir la Meuse et retrouver CheratteRendra ton cœur joyeux, et moi content.Plus tard peut-être, après Uccle et Bruxelles,Souhait ! vers Les beautés universellesUn fier élan nous pourra diriger.Mais cultivons, herbes du potagerOù l’humble vie est pour nous circonscrite,De simples vœux sans fièvre et sans danger :Je suis à toi. Je l’aime, Marguerite.

N’est-ce à ton los, Parfaite ! dérogerSi je poursuis, pompeux où mensonger,Ce chant d’amour jusqu’à ce qu’il t’irrite ?Pourtant je dis, et ne puis abréger :Je suis à toi. Je l’aime, Marguerite.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Lumières sensibles, Paris, Librairie de France, 1926· numérisation gallica.bnf.fr· Sources