Lumières sensibles, 1926
Incantation
SE tu lèves Les yeux, c’est une fleur profondeEt, battant par frissons réguliers et subtils,Merveille bue aux étamines de tes cils,Une eau miroite en songe et La lumière abonde.
Petite enfant, ma fille, à tes gestes menusÉclôt une ferveur de grâce et de tendresse :Est-ce un prestige ailé, ce parfum ri pur, est-ceLa clarté qui court en tes mains et tes pieds nus ?
Ton sourire, comme de l’or qui s’enflamme, erreEt se pâme, et palpite, et plane, et se souvient ;Car ton visage, aussi sensible que le sien,Reflète, vierge, Le visage de ta mère.
Le fin métal qui sonne et module en ta voix,Inflexions de joie ingénue, et fluideJeu d’ombre vive et d’éclairs pourpres qui me guidePour la vie où c’est mon phare que j’entrevois,
La voix vibre, et sa voix vibre, lorsqu’endormieMon âme pèse et meurt, la morte, aux durs instantsD’autrefois : en Fa voix je reconnais, j’entendsAussi la mère, aussi la maîtresse et l’amie.
Je ne sais plus, ô souffle aimé ! de vous deux pourQui, chanteur inutile et sec, je me démèneEt chante : Marguerite, ô douce ! Anne-Romaine,Vous êtes la même âme, un souffle, un même jour,
Le jour ! merveille bue où la lumière abonde,Et cette ivresse, et ce bonbeur, et cet orgueilD’être debout et fort pour protéger le seuilDe notre Amour, mes Deux ! maison claire et profonde !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Lumières sensibles, Paris, Librairie de France, 1926· numérisation gallica.bnf.fr· Sources