Lumières sensibles, 1926
Le Premier Conte
à LEON BERNARD
qui, un soir, lui donna vie de façon inoubliable.
“ Le Petit Chaperon rougeAvec ses bas rougesS’en va dans Les boisRamasser du bois. ”
Tu te dresses pour mieux entendre,Tes yeux s’ouvrent profonds, ardents,Je vois que tressaille au-dedansL’émoi de ton petit cœur tendre.
" Il rencontre un beau chien rougeQui prend dans sa bouche,A côté de toi,Des morceaux de bois. ”
Tu te redresses, tu sautillesEn songe au plus beau des cheminsTournant en rond, posant Les mainsDans Les mains de petites filles.
" Le petit chaperon rougeAvec le chien rougeArrive à la porte,Et ils font toc-toc. ”
Ta mère en son récit n’évoqueDu conte ancien ni loup trompeurNi rien qui puisse faire peur ;Tu dis : toc-toc, et ton doigt toque :
" Le petit chaperon rougeAvec ses gants rougesEncore à la porteFait longtemps toc-toc. ”
Ta voix répète, balbutieLe mot de magie et d’espoir ;Puis Eu te ais pour mieux savoir ;Les yeux flambent, tu es ravie.
" La maman ouvre la porte :C’est Toi, qui m’apportesUn panier de bois ;Entre, et chauffe-toi. ”
Clairs regards de l’enfant gentillePour qui tout est pur et nouveau,Regards limpides comme l’eau,Candeur de ma petite fille !
" Mais, Petit Chaperon rouge,Quel est ce chien rouge ?— Il a pris du boisPour toi dans les bois. ”
Tu ris, te voici toute heureuse ;Craignais-tu qu’on laisse dehorsCe chien qui fut brave et fut fort ?Ta mère achève La berceuse :
" Viens, Petit Chaperon rougeEt Toi, beau chien rouge ;Je ferai du feu,Chauffez-vous tous deux ! ”
Vous êtes là, je vous écoute,Le conte m enchante, et vos voixJe Les entends, et je vous vois,Vous m’entraînez sur votre route :
" Le Petit Chaperon rougeEn habits tout rougesS’en va dans les boisRamasser du bois…”
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Lumières sensibles, Paris, Librairie de France, 1926· numérisation gallica.bnf.fr· Sources