Lumières sensibles, 1926
Le Bonheur
Le Bonheur est entré dans la maison avec Toi,Attendue et fêtée au début de la tourmenteEt, malgré que la terre en cris d’horreur se lamente,Bienveillant, le Bonheur s’est installé sous mon toit.
Que de sang et de pleurs saccadés la Guerre accroisseL’épouvante aux pays qu’elle ravage et meurtrit,Que les deuils et La crainte enveloppent notre espritEt notre cœur aux frissons douloureux d’une angoisse
Incessante vers ceux qui, dressés à l’horizon,Ont subi puis ont brisé le torrent de la haine,Désormais, hôte ami qu’à mon seuil ta grâce amène,Avec Toi le Bonheur est entré dans la maison.
Je ne sais ni pourquoi ni comment dans ma demeureIl se plaît à fleurir de ta beauté mon désir.Les yeux bons m’ont de joie exalté ! Je puis saisirTa chère main qui me guide à la foi la meilleure.
Le Bonheur avec Toi dans la maison est entréAfin d’y vivre une vie apaisée et ferventeDans le calme et l’amour réciproque et dans l’attenteD’un mystère à soi-même inconcevable et sacré :
Elle est née au tendre amour qui nous joint, notre fille ;Rire bleu de ton rire, élan pur de tes élansLa voici de ses bras nus enlacer tes bras blancs,Elle danse, elle joue, elle chantonne et babille,
O clarté vive éclose, ô frais parfum de la fleurQui s’entr’ouvre au baiser de l’espoir et d’un beau rêve,Flamme double où le Printemps éternisé s’achève,Avec Toi dans la maison est entré Le Bonheur.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Lumières sensibles, Paris, Librairie de France, 1926· numérisation gallica.bnf.fr· Sources