Nuits d’Épiphanies, 1894· L’aube nait· Le parc sentimental
II. « Au souffle lent de l’heure »
Au souffle lent de l’heureFrémit à l’aube le parc et les feuilléesEncore peu éveilléesS’étirent d’une nuit brumeuse et d’horreur lourde,Le parc tressaille au souffle lent de l’heure,La brise s’éparpille aux feuillages qu’effleureLe propice frisson du soleil en cette aubeSouriante emmi les feuilléesÉveilléesDe leur nuit de torpeur et d’horreur lourde.
Dame douce, vraiment ce n’est plus l’heureDe dormir en l’éveil si frissonnant des choses.Le parc triste s’éplore et la barrière est closeA tous espoirs vers vous par la sente où les rosesDe la calme lumière de votre chère présenceSe sont toutes si bien embauméesQue d’elles en passant on aspire l’essencePuisée à l’or de vos souriresEt qu’elles sont votre sourireEt votre voix et vos paroles parfumées.Dame douce, votre clair visageNe l’ai-je vu jadis à la barrière closeEt le sourire clair de votre cher visage,Votre sourire parmi les rosesN’était-ce qu’un mirageNé du vain songe d’une heureQui s’accoudait à la barrière closeOù déçus mes espoirs meurent d’angoisse et pleurent ?
Le parc triste tressaille au souffle lent de l’heure.
Cette voix, ô mon Rêve ! et tant d’autres m’ont ditLes paroles d’un même mensongeQue je me suis enfuie aux parcs lointains du SongeEt j’y suis lasse enfin d’entendreCette rumeur d’amour et ces voix toujours tendresMonter vers Moi parmi les jardins de mon Songe.O ce ne sont que mensongesA blêmir l’orgueil pourpre et triste de mes fleurs.Vous qui m’êtes si douces, si dociles, ô fleurs,Fleurs du jardin magique et d’éternelles joies,De vos splendeurs ineffables déclosesA jamais fermez-moi le souci vieux des voiesTerrestres vers ce parc de mes défuntes roses.Je ne veux vivre ici qu’une parmi vous toutesFleur d’une ardente gloire en le mépris des doutesÉpouse-dieudonnée à l’espoir de qui songeVers quel parc radieux de songes et de rosesA ravir ta candeur, ô ma corolle éclose,Pour l’orgueilleux avril d’un éternel mensonge :Dans quelle extase au soleil jeune irai-je à Lui,.O roses du clair jardin épanoui,O roses d’orgueil pourpre en mon rêve ébloui !
Le parc triste tressaille de l’aube,La brise s’éparpille aux frissons des feuilléesÉveilléesDe leur nuit de torpeur brumeuse et d’horreur lourde,Le parc tressaille au souffle lent de l’heure.
56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Nuits d’Épiphanies, Paris, Édition du Mercure de France, 1894· numérisation books.google.com· Sources