Nuits d’Épiphanies, 1894· L’aube nait
Le rêve s’éveille
Je l’ai suivi marchant sous la forêt nocturneLe Chevaucheur Royal fier ainsi qu’un Printemps,O fleurs de son visage et parfums de son rireQuelle équivoque nuit sous le ciel taciturneQuel orage a flétri vos tiges, Fleurs et riresDu Royal Chevaucheur fier ainsi qu’un Printemps ?Nuit froide et de glaçons lunaires, ô Maligne,Les sentiers faux du bois s’adoucissent de moussesEt ta clarté blafarde et pallide désigneDes collines de gazons aux pentes très- doucesOù la terre s’éboule en un lac d’ossuaires.Des phantômes, on croit de tragiques vieillardsSe lever sur le lac en de blêmes suaires,Y traversent très-lents le frisson des brouillards.O Chevaucheur Royal - dont j’ai l’âme affolée,Mes pas et mes regards t’ont suivi par l’alléeVers l’embûche qu’à ton destin dressait la Mort,Mais beau de ton dédain tu domptas le péril,Le matin jeune aux fleurs du lac te voit renaîtreTriste dans le triomphe, oublieux du péril,Et mon rêve s’éveille à te faire connaîtreLa Terre d’allégresse où brille le béryl.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Nuits d’Épiphanies, Paris, Édition du Mercure de France, 1894· numérisation books.google.com· Sources