Nuits d’Épiphanies, 1894· Le bois frissonne au crépuscule
Le tambour
On ne sait d’où venus ces rois et leurs cohortesFoulaient le sol de nos cités et nos cheminsChevauchant armurés, et la lance ou le glaiveQue leurs poings de guerriers serraient d’étreintes fortesPropageait en lueurs l’effroi d’un lendemainSinistre ! et mon tambour, dont le fracas soulèveLe peuple à toute gloire et suscite en ses mainsLa rouille de l’épieu qui vaut l’éclair du glaive,Glace alors tout l’orgueil des rois, et leur escorteMon seul grondement sourd suffit à l’arrêter.Soudain et pour l’émoi que le tambour élèveLes chevaucheurs ont congédié leurs cohortesQui par-delà les monts ont paru se hâter.Peuple, veillons : les royautés sont mortesSans doute et gisent au fond du lac dans nos bois ;Quelque jour les guerriers voudront venger leurs rois,Ils accourront nombreux au seuil de nos chemins,Mais la ruse fut bonne et l’embûche était sûreOù leurs rois ont péri sans lutte et sans blessureEux-mêmes s’étant pris aux pièges des chemins,Et leur sang répandu n’a pas souillé nos mains.
21 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Nuits d’Épiphanies, Paris, Édition du Mercure de France, 1894· numérisation books.google.com· Sources