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un seul est le mot juste.

Récifs au soleil, 1922· III Soleil· L’éveil des dieux

II. « J’ai surpris le sommeil des dieux dans la forêt »

André Fontainas· 31 vers

J’ai surpris le sommeil des dieux dans la forêtSous de roses lauriers soudain parmi les ormesÉclairés d’ombre bleue, où l’aurore apparaît,

Où l’aurore apparaît entre les troncs énormesDu hallier ; où sur des lits moëlleux de gazonSommeillent dans l’oubli les merveilleuses formes

Des dieux d’Hellas dressés jadis sur l’horizonDe la mer qui frémit de frôler des rivagesQui s’avivaient de Joie et fêtaient la Raison.

Dans les déroulements incessants et sauvagesDes houles d’épouvante aux récifs de la foi,La terre s’obscurcit de deuils et de ravages ;

Une amère senteur trouble l’esprit et croît,Selon qu’au tourbillon de sang et de démence,S’aggravent dans l’horreur le tumulte et l’effroi.

Désormais, au déclin des ténèbres, commence,Grâce au lucide éveil des plus hardis cerveaux,A germer dans le sol une bonne semence ;

Le désarroi déjà dans l’âme des dévotsFermente où l’on pressent que s’infiltre le douteEt que glisse confus l’émoi des jours nouveaux :

Il n’est point vain que l’heure encor morne s’ajouteAu morne amas de honte et de pleurs du Passé ;La Nuit, que le Temps ronge, est peu à peu dissoute.

Le frisson clair d’une aube fraîche s’est fixéAux paupières de ceux que leur sommeil enchaîne ;Leurs cils ont tressailli ; leur vœu s’est exaucé ;

L’ère trouble d’orgueil, de mensonge et de haineS’effondre, et, de leurs fronts que le soleil dorait,Ruisselle vers l’amour la floraison prochaine :

J’ai surpris le sommeil des dieux, et leur secret.

31 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Récifs au soleil, Amiens, Librairie Edgar Malfère, 1922· numérisation books.google.com· Sources