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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Récifs au soleil, 1922· III Soleil

Paysage

Dans le goût de Monticelli

André Fontainas· 32 vers

Le souffle frais de l’heure effleure les lilas,Les iris d’or dressés sur la rive du fleuve,Et, de frissons glissés par subtils entrelacs,Emmêle au pli des flots une guipure neuve.

Le feuillage allongé d’un aulne, en ondulantSur l’anse paresseuse où croissent les stellairesEt qu’à peine parfois trouble un cygne indolent,Se fond dans son reflet au miroir des eaux claires.

Double éclat roux et bleu surgi d’entre les joncs,Le prompt martin-pêcheur pique d’un bec vorace,Un poisson brusque saute ; et, plus loin, deux pigeonsRoucoulent sur un saule ; un lourd corbeau croasse.

Partout l’air est limpide, et le fleuve légerEntre ses bords boisés où s’adoucit la briseRegarde au gré fervent du soleil s’immergerDes golfes d’ombre mauve en sa lumière grise.

Par le sentier ailé de furtifs papillonsQui scintillent de feux diaprés dans les branches,Sous l’ombrelle au soleil ruisselant de paillonsSourient en s’avançant des femmes aux mains blanches.

Le mol balancement des jeunes frondaisonsAgite sur la peau de leurs épaules nuesEt dans le fol réseau de leurs rousses toisonsUn jeu capricieux de corolles ténues ;

Leurs amples robes sont de soie et de brocartOù pointe un joyau vieux dans des flots de dentelles.Gaîment, à pas menus, elles vont à l’écartS’asseoir lasses dans l’herbe où, debout devant elles,

Aux souffles frais de l’heure effleurant les lilas,Les iris d’or dressés sur la rive du fleuve,Avec son luth sonore et sa voix par éclatsLe poète enivré chante sa chanson neuve.

25-28 mai 1917.

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Récifs au soleil, Amiens, Librairie Edgar Malfère, 1922· numérisation books.google.com· Sources