Récifs au soleil, 1922· III Soleil
Zéphyr
(D’après Prud’hon.)
Esprit subtil et folâtrant dans le feuillageQui frôle l’eau d’un lac caché par le fourré,L’enfant Désir d’entre les branches se dégage,Dressant droit au soleil son corps svelte et cambré.
Il étire ses bras vers les flammes de l’heure,Secoue en souriant ses boucles sur son front,Hors de l’ombre s’élance, et tendrement effleureD’un pied furtif la vague où ses pas poseront.
Est-ce, oiseaux, votre rire, ou celui de ses lèvres,Écume par frissons, qui s’éparpille, éclosSur la surface frêle en rythmes courts de fièvres,Et bondit et jaillit et refleurit les flots ?
Est-ce un fugace éclat surgi de sa prunelle ?N’est-ce que le toucher léger de son pied nu ?L’air vibre ; l’onde qui s’éveille sent en elleCourir un souffle ailé, limpide et continu.
Non, c’est toi seul, Enfant, qui balances aux branchesDans l’ombre et le soleil ton corps robuste et beau ;Ton pied frôle la vague furtive, et tu penchesTon visage d’aurore au frais miroir de l’eau.
Ta splendeur ingénue a ravi ma mémoire ;Je me souviens, je t’aime, et de fougueux élansM’entraîneront toujours au chemin illusoireQu’a tracé sur les eaux l’éclair de tes pieds blancs.
La Guimorais, 20 août 1918.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Récifs au soleil, Amiens, Librairie Edgar Malfère, 1922· numérisation books.google.com· Sources