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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Vers l’azur, 1931

II. Chant royal

en l’honneur de Pierre de Ronsard

André Fontainas· 60 vers

Τέρπανδρος ῾Ρώνσαρδε σόος πάτερ έσσί ποιητών,
Πινδαρέης ϰιθάρης εύστεφανόν τε ᾿ρόδον.
Ἰω. Άύρατός.

“O petit Loir, honneur du Vendômois,”Murmure clair, éclat dans l’ombre tendreQui sur lui tombe en caresse des bois :Soudain, pourpré d’ailes, vient nous surprendreUn chant d’essor crispé parmi le soirQui nous contraint, cœurs serrés, de surseoirAux bercements de l’âme endolorie,Quand des pensers de vaine mièvrerieL’encourtinaient au linceul d’un brouillard.Sons et parfums, montent sur la prairieLa grande lyre et ta rose, Ronsard.

L’aubépin vert fleurissant je le voisSur le rivage aux lumières de cendreVêtu de vigne, et j’écoute à la voixDes rossignols dans la brise s’épandreDe doux frissons d’amoureux nonchaloir :Rythmes qu’au gré constant de son vouloirLe pur poète a saisis : soit que rieOu que lamente en toi ta rêverie,Éros vainqueur te tend sous le regardCâlin et fier d’Hélène ou de MarieLa grande lyre et ta rose, Ronsard.

Jeune ou grison, l’amour rude ou sournoisTe dispensa par Genèvre et CassandreDe cruels maux dont l’amitié des roisNi ton renom n’avaient pu te défendre.Mais d’un œil pers, étincelant, ou noir,Plus te plaisait jouir et te douloirQue célébrer par lourde allégorieUn siècle horrible où s’est la foi flétrieAux heurts discords du prêtre et du soudard.Pourtant aux deux elle s’exalte et prieLa grande lyre et ta rose, Ronsard.

Outre la joie et les devis courtois,Ton vers encor sait se tordre et se tendreSelon la corde épique et, sous ses lois,Nymphes, héros, vous forcer à descendreAux bords secrets de la Seine ou du Loir.Même Apollon ne pourrait mieux mouvoirDans les reflets de leur joaillerieLes cent couleurs d’une ode qui varie,Monte, grandit, s’atténue, et repart.Flamme, à tes vœux elle surgit fleurie,La grande lyre et ta rose, Ronsard.

Calliope ! oui, favorise ou déçois,Quand la brigade ose au laurier prétendre,Belleau, Baïf, le comte d’Alcinois,Daurat, chez qui le renaissant TerpandreSortant de page, écolier vint s’asseoir,Forger son luth, et puiser un savoirDont fût sa verve immortelle mûrie.Et Du Bellay hantait la confrérie,Galland, Jodelle et Pontus de Tyard :Suprêmement de tous était chérieLa grande lyre et ta rose, Ronsard.

Pégase prompt, creusant, jamais tarie,D’un bond cabré la source Bellerie,Accueille ici l’humble essai de mon artQui par mes doigts, inhabile, apparieLa grande lyre et ta rose, Ronsard.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers l’azur, Bruxelles, Société des Bibliophiles et Iconophiles de Belgique, 1931· numérisation gallica.bnf.fr· Sources