Vers l’azur, 1931
IX. Fantômes
I
Visage vierge, éclos dans mon songe, autrefois !
Quand l’aurore soudain surgie, après des soirsD’épouvante et la nuit dont étouffait la voix,Exalte au ciel farouche et tendre tout l’espoir.N’est-ce vous devant moi qui êtes apparueSeule à marcher joyeuse où s’effare en la rueMatinale la triste anxiété de l’heure ?
Mais le prestige cède, et l’ombre s’est accrue,Et le visage en songe aussi s’éteint et meurt…
II
Si suave parmi la nuit surgie, ô voixSéraphique dans le silence de la rue,Je crus que se dressait sur mon seuil l’apparueAu long cortège des légendes d’autrefois.Mais le songe faiblit, et l’ombre s’est accrueDe tant d’opaque horreur que nul n’y pourrait voirCe peu de pourpre tendre où du sang jeune affleureIrai-je donc, déçu par l’oubli de ce leurre,Moi seul me susciter en moi-même, miroir ?
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers l’azur, Bruxelles, Société des Bibliophiles et Iconophiles de Belgique, 1931· numérisation gallica.bnf.fr· Sources