Vers l’azur, 1931
XVI. Jardin
Tes yeux cachés parmi les feuillesAu fond de ce jardin,Je les surprends, vif, et soudainD’un rire tu m’accueilles.
Que m’as-tu dit ? Les mots entre euxJaillissent, sources franches,Et fusent dans l’ombre des branches,Si prompts, si chaleureux,
Que tourbillonnent, tempêteD’un frénétique essor,Quels fous essaims d’abeilles d’orFrémissant sur ma tête :
Vertige d’ailes, d’un émoiQue propage en corollesLe feu délirant de parolesEn fête autour de moi.
Et tant la pourpre et tant la flammeM’étreignent éperduAu flux de bonheur répanduDe ton âme à mon âme
Que j’hésite, silencieux :Ma joie est-elle écloseD’un rêve, ou si vraiment je poseUn baiser sur tes yeux ?
Mais quoi ! ne serait-ce épouvante,Hors des mots que tu dis,Si je rêvais comme jadis ?Et tu es là, Vivante !
Ta claire joie et ta bontéM’ont retrempé de neuveJeunesse, et je pâme en ce fleuveOù tu m’as exalté,
Toi qui te cachais sous les feuillesAu fond du beau jardin,Mais qui souris, tendre, et soudainEntre tes bras m’accueilles.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers l’azur, Bruxelles, Société des Bibliophiles et Iconophiles de Belgique, 1931· numérisation gallica.bnf.fr· Sources