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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Vers l’azur, 1931

V. Paroles dans la pénombre

André Fontainas· 34 vers

Ombre de toi, farouche femme, en qui s’annuleL’éclat dissous des yeux anciens au crépusculeParmi sa brume dorlotant endolorisTes désirs enfin las des débats et des crisOù ton âme orageuse et d’amour affaméeS’étreignait à la flamme et fondait en fumée,Dédaignes-tu, désabusée, avec l’orgueilD’avoir à jamais clos, vigilante, le seuilDe ta maison au choc des stériles tourmentes,Ceux pour qui le printemps brûle de fleurs charmantes,Ivres de sève, de tendresse et de beauté ?Regarde, une âpre joie amoureuse a chantéComme autrefois dans les frissons des feuilles fraîches ;L’azur limpide glisse aux flots par mille brèchesDe clarté neuve et pure où se pâme un espoir.Ne laisse pas l’effroi de ton deuil décevoirL’essor illuminé d’extase vers les rivesD’un rêve doux bercé d’illusions naïves.De toi-même, fatale et furtive en détours,Ta tristesse mûrit et redresse toujoursLa femme que tu fus, nostalgique et farouche,Prompte aux songes, ardente aux fièvres, et la boucheEntr’ouverte au sourire adorable des dents.Si ton cœur, convulsé de regrets discordants,Reste sourd aux rumeurs d’abeilles printanières,Mouvant appel, ô fête pourpre des lumièresOndoyantes au gré rieur de la saison,Est-il trop tard ? Quel goût d’horreur sans guérisonT’abreuve d’amertume en ce désert de cendre ?Te verrons-nous, hélas ! avant l’heure descendreAu vertige immobile et morne de la mort ?Dissipe, brûle en toi ce lourd brouillard, d’accordAvec ton âme, d’où veut surgir vers la cimeLe seul durable émoi d’un amour unanime.

34 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers l’azur, Bruxelles, Société des Bibliophiles et Iconophiles de Belgique, 1931· numérisation gallica.bnf.fr· Sources