Vers l’azur, 1931
XIX. Promontoire
Lourds d’arôme, jardins sur la mer, promontoireD’arbres dont le feuillage effleure un calme azur.Embaumez ma mémoireComme au suc savoureux d’un fruit juteux et mûr.
J’étais en vous tel un insecte au cœur des roses,Et, humant le parfum de votre enchantement,Sous vos corolles closesMon âme ivre battait d’amour éperdument.
Est-ce, vertige exalté haut dans le silenceEt la limpidité d’un ciel net sans frissons,Mon rêve en qui commenceL’heure d’extase où tous, fiévreux, nous blottissons ?
Mais non. Le double azur céleste et maritime,Reflété du soleil au pur miroir des flots,Aile ensemble l’abîmeD’un irradiement vrai d’étoiles et d’îlots.
Ne reverrai-je vivre ailleurs qu’en ma mémoireCes beaux jardins, lourds d’arôme même l’hiver,Sur l’ardent promontoireDoucement caressé par l’azur de la mer ?
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers l’azur, Bruxelles, Société des Bibliophiles et Iconophiles de Belgique, 1931· numérisation gallica.bnf.fr· Sources